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Primes: la défense de Guéant mise à mal

Claude Guéant, ancien ministre UMP

Claude Guéant, ancien ministre UMP - -

Ses explications concernant les 500.000 euros sur son compte et sur les primes en liquide dont il aurait bénéficié sont mises à mal. Jeudi, le ministère de l'Intérieur, a ouvert une enquête administrative.

Claude Guéant se défend avec force de tout blanchiment ou de financement politique illégal par la Libye, mais ses explications sur les 500.000 euros sur son compte et sur les primes en liquide dont il aurait bénéficié à l'Intérieur, sont mises à mal. Jeudi, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a diligenté une enquête administrative.


> D'où viennent les 500.000 euros et l'argent liquide?

Ce virement a été découvert lors d'une perquisition visant l'ex-secrétaire général de l'Elysée, en février, dans une enquête sur des accusations de financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Les enquêteurs ont également retrouvé des factures payées en liquide. Ce sont des "sommes modestes", "des petits paiements, d'un millier d'euro, des choses comme ça", explique Claude Guéant qui parle aussi de "moins de dix factures, pour une somme de 20 à 25.000 euros", des "achats de la vie courante".


> Le liquide peut-il venir de primes de cabinet?

Ce liquide, Claude Guéant explique qu'il l'aurait accumulé depuis son entrée dans les cabinets de l'Intérieur à la fin des années 1970 et ce jusqu'en 2006. Car, explique-t-il, les membres des cabinets ministériels ont bénéficié de ces "primes non déclarées de toute éternité", "avec la tolérance des services fiscaux".

Or Lionel Jospin a mis un terme dès 2002 à cette pratique des fonds secrets. Et de nombreux politiques, y compris à droite, ont contredit Claude Guéant. A l'Intérieur, la pratique aurait perduré jusqu'en 2006, répond Guéant qui évoque des "frais de police".

Jeudi soir, l'Intérieur a diligenté une enquête administrative sur l'usage de ces "frais de police" sous la droite.


> L'évaluation des tableaux est-elle plausible?

Claude Guéant explique que les 500.000 euros proviennent de la vente à un avocat malaisien de deux tableaux d'un peintre flamand du XVIIe, Andries van Eertvelt, qu'il aurait acquis il y a "une vingtaine d'années". Il n'a pas précisé si son acquéreur avait exporté ces tableaux. De l'avis d'Artprice, le prix d'acquisition est une "anomalie par rapport au prix du marché". Le record pour un van Eertvelt est de 140.000 euros. Et un tableau de la taille de ceux de Guéant (30x60 cm) vaut dans les 15.000 euros, selon la société française qui suit la cote des artistes aux enchères.


> L'argent peut-il provenir de blanchiment d'argent venant de l'étranger?

Claude Guéant s'en défend. Ces accusations ont été lancées par l'homme d'affaires Ziad Takieddine qui a affirmé aux juges avoir la preuve que trois sociétés françaises, dont l'une dirigée, selon Takieddine, par le fils Guéant, ont bénéficié de contrats fictifs pour une valeur de 100 millions d'euros en Libye.


> Sur quoi reposent les accusations d'un financement illégal de la campagne de Nicolas Sarkozy?

En mars 2011, Seif al-Islam, l'un des fils Kadhafi, avait affirmé que son père, alors au pouvoir, avait aidé le candidat UMP à financer sa campagne. "Il faut que Sarkozy rende l'argent", avait-il dit, affirmant avoir "tous les détails" des transferts. Détails dont aucune preuve est venue confirmer l'existence.

Ziad Takieddine a évoqué devant les juges des rencontres entre Guéant et Bachir Saleh, bras droit de Kadhafi auquel "Monsieur Guéant donnait des indications bancaires". Selon lui, des comptes-rendus de ces rencontres existent.

Claude Guéant, qui réfute tout financement libyen, politique ou de personnes, a annoncé des plaintes en diffamation contre Takieddine. Aucune n'a été enregistrée à ce jour, selon une source judiciaire.


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