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Pourquoi le plan "alerte enlèvement" n'a-t-il été déclenché que 24 heures après la disparition de Vanille?

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Vanille a été retrouvée morte dimanche après-midi à Angers. Elle avait disparu depuis vendredi soir, mais le plan "alerte enlèvement" n'a été déclenché que samedi, à 23h00. Plusieurs critères doivent être réunis avant que se dispositif puisse être mis en place.

Pour la première fois depuis sa création, le plan "alerte enlèvement" a débouché sur un "échec". Vanille, disparue vendredi soir à Angers, a été retrouvée morte dimanche après-midi dans un conteneur à vêtements. En garde à vue, "la maman nous a confirmé avoir donné la mort à son enfant vendredi", a déclaré dimanche soir le procureur de la République d'Angers, Eric Bouillard, lors d'une conférence de presse.

Vendredi matin, à 11h00, Nathalie Stéphan, 39 ans, a récupéré sa fille, placée en famille d'accueil, pour passer la journée avec elle. Elle devait la ramener à 17h30 à son référent de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) mais n’est jamais revenue. Ce n’est que 24 heures après la disparition de Vanille que le plan "alerte enlèvement" a été déclenché, à 23h00 samedi soir. Comment expliquer un tel délai?

Le temps de l'enquête

"Le temps que les personnes qui devaient récupérer l'enfant se manifestent, recherchent eux-mêmes localement l'enfant", qu'on "étudie toutes les pistes de l'environnement de la maman, qu'on vérifie de manière physique tous les endroits où l'enfant serait susceptible d'être, tout ce temps s'écoule et puis ensuite on décide que c'est inquiétant véritablement", justifie à l’AFP la substitut du procureur général de la République d'Angers, Catherine Vandier.

Après ces premières investigations, la décision de dégainer l’alerte enlèvement est soumise à une concertation entre les enquêteurs, le procureur de la République et le ministère de la Justice qui doivent s’assurer que les quatre "critères de déclenchement" sont remplis. Ainsi, le ministère précise que l’affaire doit concerner "un enlèvement avéré et non une disparition" d’une personne "mineure" dont "la vie ou l’intégrité physique est en danger". Il faut également que "le procureur dispose d’informations dont la diffusion peut permettre la localisation de l’enfant et/ou de son ravisseur".

"A priori pas de danger"

Dans les heures qui ont suivi la disparition de Vanille, les autorités n’ont, semble-t-il, pas estimé que la vie de la fillette était menacée: "La maman ne présentait a priori pas de danger", ayant l'enfant "de manière tout à fait légale", a argumenté Catherine Vandier.

"A aucun moment la mère n'avait par le passé mis en danger l'un ou l'autre de ses enfants", a ajouté dimanche soir devant la presse le procureur Eric Bouillard.

Ce n’est qu’après avoir auditionné les proches de Nathalie Stéphan et perquisitionné son appartement que les enquêteurs ont découvert "des éléments qui laissaient craindre qu’elle passe à l’acte", a-t-il précisé, admettant que l'issue fatale de cette affaire révélait "forcément un échec" dans le dispositif.

Un délai pas exceptionnel

Depuis sa création en 2006, le plan "alerte enlèvement" a été déclenché 23 fois. Généralement, les autorités diffusent leur message d’alerte - rédigé par le procureur de la République - dans les heures qui suivent l’enlèvement. Quand Diango avait été enlevé un mardi en 2008 à la maternité d’Orthez, le dispositif avait été mis en branle le soir-même et avait permis de le retrouver dès le lendemain matin. Tizio, un bébé de deux mois, avait quant à lui été enlevé par son père un vendredi soir en 2017, le parquet de Toulouse avait déclenché le dispositif dès le samedi matin, permettant de retrouver le nourrisson le soir-même.

Mais le délai de 24 heures observé dans le cas de Vanille n’est pas exceptionnel pour autant. En 2017, un père avait enlevé son fils de 5 ans un jeudi, à la sortie de l’école. La mère de l’enfant avait déposé une main courante le lendemain et le dispositif avait été déclenché dans la nuit de vendredi à samedi. Malgré ce temps de latence, le garçon avait été retrouvé sain et sauf le lendemain matin.

Reste que dans le cas de Vanille, sa mère a avoué l'avoir étouffée dès vendredi. "En tout début d'après-midi, elle était effectivement encore accompagnée de son enfant et à partir du milieu d'après-midi, elle ne l'était plus", a indiqué le procureur qui estime que le meurtre a vraisemblablement eu lieu "entre 13h00 et 15h00". Soit avant même les premiers soupçons d’enlèvement.

Ambre Lepoivre