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PORTRAIT - Tony Meilhon, petite frappe tombée dans l'ultraviolence

Tony Meilhon, 33 ans, accusé du meurtre de Laëtitia Perrais.

Tony Meilhon, 33 ans, accusé du meurtre de Laëtitia Perrais. - -

Pourquoi Tony Meilhon, délinquant multirécidiviste, était-il en liberté au moment du meurtre de Laëtitia Perrais? Peut-être par une alternance entre poussées d’ultraviolence et assagissements inexpliqués. Explications.

Mardi, il s'est présenté devant ses juges tout de noir vêtu, cheveux longs noués en catogan. Mais au cours des trois semaines à venir, le parcours et la personnalité de Tony Meilhon vont davantage accaparer la cour d'assises de Nantes que son apparence.

L'homme de 33 ans doit répondre du meurtre de Laëtitia Perrais, 18 ans, tuée et démembrée il y a deux ans. Délinquant multirécidiviste, il est tombé dans une spirale de délinquance précoce. Si l'on met bout à bout ses condamnations, il a passé un tiers de sa vie en prison.

Au moment de son interpellation, fin janvier 2011, il n'était pourtant plus sous la main de la justice. Si les ratés de son suivi socio-judiciaire ont été mis en lumière, sa personnalité chaotique, entre poussées de violence et assagissements, explique aussi les louvoiements de la justice à son égard.

"Pas un violeur", mais "un voleur"

À 33 ans, Tony Meilhon est déjà un routard des prétoires. Dans son casier, une quinzaine de condamnations, dont la dernière remonte au 26 novembre dernier. Il était alors jugé pour 19 délits et contraventions, commis entre 2008 et 2011. Il a été condamné pour onze d'entre eux.

Entre temps, il a passé une grande partie des quinze dernières années de sa vie derrière les barreaux. Sa première condamnation remonte à mai 1996 pour des faits de petite délinquance, "vol avec destruction" commis sous l'emprise de l'alcool, à seulement 15 ans. Il connaît la prison à seize. Sort, réitère, se voit recondamné. S'évade, est repris, doit purger une peine plus lourde.

Cette fois, il se retrouve en cellule avec un co-détenu mineur, condamné pour délit sexuel. Il déteste les "pointeurs" et le contraint à une fellation en guise de "règlement de compte". En 2001, il passe pour la première fois devant les assises. Là, il réfute avec force toute pulsion sexuelle: "Je ne suis pas un violeur, je suis un voleur", déclare-t-il alors.

"Impulsif" et "dangereux"

Sa vision des choses est corroborée par celle des experts qui l'examineront. Ceux-ci mettent en avant des "tendances psychopathes", mais écartent le profil d'un prédateur sexuel. Ils décrivent une "facilité au passage à l'acte avec possible impulsivité" et "dangerosité".

Ses problèmes psychologiques, marqués par des accès colériques, sont connus dès l'adolescence. Quatrième d'une famille de cinq, Tony Meilhon est encore petit quand ses parents se séparent puis que son père, alcoolique, décède d'un cancer à la gorge. À l'adolescence, il est placé en foyer car il n'accepte pas le nouveau compagnon de sa mère. Très vite, il se retrouve en échec scolaire.

Assagissement

Ayant purgé sa peine pour viol, il est libéré en 2003. À 23 ans, il passe alors un nouveau palier dans son curriculum de délinquant en s'essayant au braquage. Preuve de son impulsivité, il braque successivement un bureau de poste, une station-service et un bureau de tabac dans la région de Nantes avec un pistolet à grenailles, pour une somme totale de... 60 euros. Il est rapidement repris. Retour à la case prison.

En 2007, il demande pourtant un placement en semi-liberté. Au regard de ses antécédents et de son comportement en prison, six sanctions disciplinaires depuis son premier séjour, cette demande paraît culottée. Mais la conseillère d'insertion qui le suit l'appuie. Car elle a noté un net assagissement au cours des dernière années. Tony Meilhon s'astreint en effet à un suivi psychiatrique qui apparaît bénéfique sur son comportement. Dehors, il a aussi un fils en bas âge, qui semble "le motiver vers la voie de l'insertion", écrit-elle.

Versatilité

La semi-liberté est donc acceptée. Mais Tony Meilhon disparaît aussitôt dans la nature. Quand on le retrouve, "il a considérablement régressé. Il porte une haine froide à l’égard de son ex-compagne, sa mère et son fils (…). Il en veut à la justice en général", note la même conseillère à son retour en prison.

Il termine de purger sa peine en 2009. Mais une nouvelle fois, la liberté est de courte durée. Le 30 juin, il est condamné à 6 mois ferme avec mise à l'épreuve pour "outrage à magistrat" après avoir menacé une substitut du procureur qui avait évoqué le placement de son fils.

Et puis, de nouveau, Tony Meilhon se calme. Il voit un psychiatre et demande une formation en bâtiment. Quand il sort, il est sous le coup d'un suivi socio-judiciaire. Mais faute d'effectif, le service pénitentiaire d'insertion et de probation de Loire-Atlantique n’est pas en mesure de l'assurer.

Mutique

Sa rencontre fatale avec Laëtitia Perrais date du 18 au 19 janvier 2011. Après le meurtre de la jeune femme, confondu par son ADN, il est interpellé et mis en examen pour "enlèvement et séquestration suivis de mort", et écroué.

Arrêté, il est placé en détention à la maison d’arrêt de Vezin-le-Coquet, en Ille-et-Vilaine. Le 13 février, à l’heure du repas du soir, il ingère les produits ménagers de son "kit d’hygiène" dans sa cellule. Selon le procureur, il aurait expliqué son geste par "la volonté de dénoncer l'insuffisance de calories des repas fournis dans la prison". Pour la famille de la victime, il s'agit d'une "provocation".

Car il refuse aussi de s'exprimer face aux juges d'instruction, et d'assister à une reconstitution, qui donnera lieu à une seconde tentative de suicide. Puis il défend la thèse de l’accident de voiture avec le scooter de la jeune femme. Il dit l’avoir rencontrée durant l’été 2010 et avoir eu avec elle une relation sexuelle "consentie", mais nie l'avoir étranglée et poignardée avant de démembrer son corps quelques mois plus tard.

"Insoumis à la vie"

Lors de son procès en novembre 2012, dernier rendez-vous de Tony Meilhon avec la justice avant mardi, le représentant du parquet a dépeint un "insoumis aux lois, à la vie", qui "n'a de cesse de vivre come il l'entend et de terroriser les gens qui l'entourent".

Preuve en est avec sa propre mère, qui a souhaité, sans succès, se constituer partie civile contre son fils au procès Laätitia. "Elle a la volonté de se protéger contre l'image qu'elle peut avoir de complice, de coupable, de responsable (...). Elle s'est donné un mal de chien pour élever Tony Meilhon qui lui a pourri l'existence", a expliqué son avocat, Me Yvon Chotard.


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