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Pédopornographie en ligne: cinq ans de prison pour complicité d'agressions sexuelles

Palais de justice de Paris.

Palais de justice de Paris. - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Un pilote de ligne de 50 ans a été condamné lundi à cinq ans de prison pour avoir téléchargé des vidéos pédopornographiques et même provoqué certaines d'entre elles via des virements.

"Derrière cet écran, il y a des petites filles": un pilote de ligne de 50 ans a été condamné lundi à cinq ans de prison, coupable de complicité d'agressions sexuelles pour avoir payé des "shows" pédopornographiques sur internet. La police française est remontée jusqu'à cet homme en 2013, grâce à une information du FBI américain.

Téléchargements et virements 

Résidant à Singapour, il était alors "très actif", sous un pseudonyme, sur des réseaux et forums pédophiles du "darknet", la partie cachée d'internet. "C'était bien vous, 'benjibenji' ?", a interrogé lundi la présidente de la 15e chambre correctionnelle du tribunal de Paris. "Oui", a répondu à la barre un homme en costume bleu, cheveux poivre et sel coupés courts, les mains jointes devant lui.

Stephan L. a été interpellé en août 2014, lors d'un passage à Paris: sur son ordinateur, 14.911 photos et 467 vidéos pédopornographiques, dont certaines particulièrement violentes, ont été retrouvées, a souligné la magistrate. "La plupart du temps je téléchargeais sans regarder, c'était de la boulimie", a affirmé le prévenu. "C'est comme une personne accro à l'alcool, au tabac. Ça devient une drogue", a-t-il ajouté. "Il y a une différence fondamentale", l'a interrompu la magistrate, Sonia Lumbroso. "Quand on est accro à l'alcool, on ne détruit que soi-même".

Sur les comptes du pilote, les enquêteurs ont aussi retrouvé près de 70 virements, allant de 17 à 80 euros, à destination des Philippines, entre 2010 et 2014. Des virements qui correspondent, selon l'accusation, à des "shows" pornographiques réalisés par webcam, en direct, dans ce pays. Le prévenu est le premier, en France, à être poursuivi pour avoir commandé ces "sessions", sur la base de l'infraction de "complicité d'agressions sexuelles".

"8 ans"

Au fil de longues explications confuses, le prévenu a reconnu au cours de l'audience avoir sollicité ces "shows" mais affirmé qu'ils n'impliquaient pas d'agressions sexuelles sur des mineures. "La plupart du temps je ne voyais rien, c'était un jeu de dupes et je m'en contentais", a-t-il assuré, parlant de "mises en scène", de "simulations". Il a reconnu avoir vu une petite fille "nue" mais, après qu'il ait payé, elle était remplacée par une adulte, a-t-il déclaré.

Pourtant, la présidente du tribunal a lu, longuement, des extraits de conversations retrouvées sur l'ordinateur du prévenu, dans lesquelles il donne des instructions, très crues, à une femme. A la fin d'une discussion, le pilote demande: "quel âge a-t-elle ?". Réponse: "8 ans". "Pour vous, passer commande sur ces shows, ça n'est pas du passage à l'acte ?" a interrogé Emmanuel Daoud, avocat de l'association Ecpat contre l'exploitation sexuelle des enfants, partie civile. 

"C'est sûr que ces gens sont mis en scène, je le regrette, je m'excuse", a répondu le prévenu. "Derrière mon écran, je me sentais juste le témoin d'un film, que je regardais à la télévision". "Ces petites filles, elles ne sont pas là, mais elles existent", a plaidé Maître Marie Burguburu, avocate de l'ACPE, autre association partie civile. "Des années après, cet écran, vous donnez l'impression de l'avoir maintenu, au moment où précisément il fallait l'écarter et comprendre que, derrière cet écran, il y a des petites filles", a-t-elle accusé.

R.V. avec AFP