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Pavlenski et sa compagne en garde à vue, Branco se dessaisit du dossier: le point sur l'affaire Griveaux

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L'activiste russe et sa compagne Alexandra de Taddeo sont tous deux en garde à vue pour "atteinte à l'intimité de la vie privée" et "diffusion sans l'accord de la personne d'images à caractère sexuel". Cette dernière est présentée comme la destinataire des vidéos intimes attribuées à Benjamin Griveaux.

Voilà 3 jours que Benjamin Griveaux a fait part de son retrait de la course à la mairie de Paris. Une décision annoncée vendredi matin, conséquence de la diffusion de vidéos sexuelles qui lui sont attribuées. Cette publication, qui constitue un délit, a rapidement été revendiquée par l'artiste et activiste russe Piotr Pavlenski.

Ce dernier a expliqué vendredi avoir voulu dénoncer "l'hypocrisie" du candidat La République en marche (LaREM), qui "a utilisé sa famille en se présentant en icône pour tous les pères et maris de Paris. Il a fait de la propagande des valeurs familiales traditionnelles", a-t-il justifié.

Deux enquêtes distinctes

Interpellé samedi après-midi à la sortie d'un hôtel de l'Ouest parisien alors qu'il se trouvait avec une jeune femme, Piotr Pavlenski a été placé en garde à vue dans la foulée dans le cadre d'une enquête ouverte sur des violences commises le soir du 31 décembre selon Mediapart, qui a révélé cette affaire. Deux personnes ont été blessées au cours de cette soirée qui était co-organisée par l'avocat Juan Branco, toujours selon le site d'investigation.

La jeune femme qui se trouvait samedi avec Piotr Pavlenski, présentée par la suite comme sa compagne depuis janvier 2019, Alexandra de Taddeo, a dans un premier temps été entendue par les enquêteurs sous le régime de l'audition libre en tant que témoin. Elle a finalement été placée en garde à vue à la suite du dépôt de plainte contre X de Benjamin Griveaux, samedi après-midi, pour "atteinte à l'intimité de la vie privée".

Cette dernière est présentée comme la destinataire des vidéos compromettantes, lesquelles, selon nos informations, auraient été tournées en 2018.

La garde à vue ne pourra excéder 48 heures

Ce dimanche après-midi, Piotr Pavlenski et sa compagne se trouvent tous deux en garde à vue pour "atteinte à l'intimité de la vie privée" et "diffusion sans l'accord de la personne d'images à caractère sexuel", a indiqué le parquet de Paris. Celle de l'artiste russe a été prolongée à 15 heures.

À compter du début de sa première garde à vue, Piotr Pavlenski ne pourra rester sous ce régime plus de 48 heures, conformément aux dispositions du droit commun. La mesure ne pourra donc s'étendre au-delà de lundi après-midi.

Pavlenski déjà condamné en France en janvier 2019

Piotr Pavlenski, réfugié politique en France depuis mai 2017, a été condamné en janvier 2019 à trois ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis, pour avoir incendié la façade d'une succursale de la Banque de France place de la Bastille, en octobre 2017. Un acte qu'il avait revendiqué comme une "performance artistique".

En Russie, l'activiste s'est fait connaître par plusieurs actions choc. Il s'était cousu les lèvres en soutien au groupe contestataire Pussy Riot. Déjà, il avait mis le feu à l'une des portes de la Loubianka, le siège historique des services de sécurité russes, en mai 2015. Après sept mois de détention préventive, il avait été condamné à une simple amende.

Juan Branco n'est pas l'avocat de Piotr Pavlenski

L'avocat Me Juan Branco, proche du mouvement des gilets jaunes, a expliqué vendredi avoir été "approché" par l'artiste en amont pour "avoir un avis juridique sur la situation" et "vérifier la fiabilité" de la vidéo avant sa diffusion. Il dément en revanche tout rôle dans la divulgation des images, alors que la question de savoir si Piotr Pavlenski a bénéficié d'éventuelles complicités se pose.

Dimanche en début d'après-midi, Juan Branco a annoncé ne plus être chargé de la défense de Piotr Pavlenski, en affirmant que le parquet de Paris s'y est opposé sous prétexte qu'une collusion était possible entre le conseil et son client. L'intéressé a ajouté que cette décision est "infondée" et "inadmissible".

Le parquet de Paris, qui ne fait pour l'heure aucun commentaire, ne possède pas le pouvoir de dessaisir un avocat d'un dossier. Seul Juan Branco lui-même, ou son client Piotr Pavlenski, est en ici capacité de se dessaisir de cette affaire. En revanche, le bâtonnier peut demander à un avocat de se retirer, à défaut de quoi il peut être poursuivi déontologiquement ou pénalement. Aucun élément supplémentaire ne permet d'expliquer pour l'heure ce qui a conduit à cette décision.

Autre élément troublant: nos confrères de L'Obs affirment ce dimanche soir que Juan Branco n'a en réalité jamais été le conseil de Piotr Pavlenski.

Piotr Pavlenski a-t-il agi seul?

"Ce que je vois, c'est qu'un individu, assez trouble manifestement, revendique les faits mais que, manifestement aussi, il ne peut pas être le seul impliqué compte tenu de ce que ça coûte comme opération, de sa maîtrise de la langue française, il ne peut pas être tout seul", a estimé samedi sur LCI Me Richard Malka, avocat de Benjamin Griveaux.

Pour l'heure, aucune complicité éventuelle n'a formellement été mise au jour.

En France, le fait de divulguer des images intimes sans le consentement de la personne concernée tombe sous le coup de la loi depuis 2016. Le revenge porn est passible de deux ans d'emprisonnement et de 60.000 euros d'amende.

Mélanie Vecchio avec Clarisse Martin et AFP