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Paris: Alain Finkielkraut injurié par des gilets jaunes

Alain Finkielkraut a été pris à partie par des gilets jaunes lors de la manifestation parisienne, ce samedi. Le philosophe a notamment été visé par des insultes antisémites, alors qu'en 2018 ces actes antijuifs ont bondi de 74%

Le philosophe et académicien Alain Finkielkraut a été injurié et sifflé ce samedi en marge de la manifestation des gilets jaunes. Dans le quartier de Montparnasse à Paris des manifestants s'en sont pris à lui, comme le montrent des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

"Barre toi, sale sioniste de merde", "grosse merde sioniste", "nous sommes le peuple", "la France elle est à nous", ont crié plusieurs manifestants qui défilaient boulevard du Montparnasse, et qui venaient d'apercevoir l'académicien, d'après une vidéo diffusée par Yahoo! Actualités.

"Bête immonde"

Sur une seconde vidéo tournée par un journaliste freelance, on peut voir les forces de l'ordre s'interposer pour protéger le philosophe. 

"J'ai ressenti une haine absolue, et malheureusement, ce n'est pas la première fois", a réagi Alain Finkielkraut auprès du Journal du dimanche." J'aurais eu peur s'il n'y avait pas eu les forces de l'ordre, heureusement qu'ils étaient là", a-t-il raconté au journal, soulignant que tous les gilets jaunes ne s'étaient pas montrés agressifs envers lui, l'un d'eux lui ayant même proposé de revêtir un gilet et de rejoindre le cortège, tandis qu'un autre saluait son travail.

Pour l'heure, aucune plainte n'a été déposée mais plusieurs responsables politiques dont des membres du gouvernement ont condamné fermement ces faits.

"Fils d'émigrés polonais devenu académicien français, Alain Finkielkraut n'est pas seulement un homme de lettres éminent mais le symbole de ce que la République permet à chacun", a déclaré Emmanuel Macron sur Twitter, ajoutant que "les injures antisémites dont il a fait l'objet sont la négation absolue de ce que nous sommes et de ce qui fait de nous une grande nation. Nous ne les tolèrerons pas".

"Un déferlement de haine à l'état pur que seule l'intervention de la police a interrompu. Assister à une telle scène à Paris, en 2019, est tout simplement INTOLÉRABLE. Je viens de m'entretenir avec Alain Finkielkraut pour l'assurer de mon soutien absolu", a annoncé sur Twitter le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

"La bête immonde tapie dans l'anonymat d'une foule. Ceux qui insultent ont le visage découvert. J'espère qu'ils seront identifiés, poursuivis et lourdement condamnés", a renchéri le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

"D'abjects crétins"

Parmi les responsables de l'opposition, Laurent Wauquiez a dénoncé "d'abjects crétins... Révoltante confirmation de ce qu'Alain Finkielkraut a pointé lui-même: l'antisémitisme se drape dans les habits de l'antiracisme et se nourrit de la chasse aux prétendus islamophobes. Quand ouvrirons-nous les yeux ?"

"L'agression d'Alain Finkielkraut aujourd'hui est un acte détestable et choquant, qui illustre la tentative d'infiltration du mouvement des Gilets Jaunes par l'extrême-gauche antisémite", a estimé pour sa part Marine Le Pen, la dirigeante du RN. 

"Non vous n'êtes pas le peuple, vous êtes la +France+ de la haine, celle qui nous fait honte.Ces manifestations doivent cesser!", a lancé le président du Sénat Gérard Larcher à l'attention des personnes qui ont insulté l'académicien. 

L'ex-premier ministre Manuel Valls a jugé ces insultes "à vomir". Ian Brossat, tête de liste PCF aux Européennes, a estimé qu'"on peut détester les idées de Finkielkraut", mais que "rien ne peut justifier qu'on s'attaque à lui en tant que juif". 

"Je combats les idées réactionnaires et radicales d'Alain Finkielkraut. Mais je condamne sans aucune réserve ceux qui l'ont conspué, insulté et traité d'un 'sale sioniste' qui voulait dire 'sale juif'. Et laissez la Palestine en dehors de cette violence antisémite gratuite", a lancé Benoît Hamon, le fondateur du parti Génération.s

"Tour nouveau" du mouvement des gilets jaunes

"Gilets Jaunes je suis avec vous depuis le début. Là stop. Certains franchissent toutes les limites", a réagi Esther Benbassa, sénatrice EELV. "L'antisémitisme, c'est aussi simple, aussi simplement abject que ce 'Rentre chez toi à Tel Aviv' visant un écrivain français juif", a lancé le cofondateur du mouvement de gauche Place Publique, Raphaël Glucksmann. La Licra a également affirmé son soutien à l'académicien, évoquant "une honte absolue" et "des méthodes fascistes d'intimidation".

"Qu'attend le ministre de l'intérieur pour faire interpeller et livrer à la justice, sans délai, la horde antisémite qui s'en est pris, cet après-midi, à Alain Finkielkraut?", a demandé de son côté le député LR Guillaume Larrivé.

Cet épisode de violences s'inscrit dans une période où les actes antisémites sont en forte hausse en France. En 2018, ils ont augmenté de 74% et de 69% au cours des neuf premiers mois, selon une estimation du ministère de l'Intérieur. Mercredi dernier, Emmanuel Macron a dénoncé la hausse des actes antisémites ainsi que les violences contre des institutions ou des élus qui, selon lui, marque "un tour nouveau" du mouvement des gilets jaunes. Ils dénotent selon lui "l'irrespect des personnes et des valeurs".

Ambre Lepoivre avec AFP