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Octogénaire morte à Marseille: la famille porte plainte pour "violences volontaires"

Le 3 décembre dernier, une octogénaire avait trouvé la mort après avoir été grièvement blessée en marge d'une manifestation des gilets jaunes. Elle avait reçu une grenade alors qu'elle fermait ses volets. Sa famille porte plainte pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner".

Un rassemblement au mois de mars puis une lettre ouverte au président de la République, le famille de Zineb Redouane, cette octogénaire morte après avoir reçu une grenade en marge d'une manifestation marseillaise des gilets jaunes, passe à l'offensive. Les proches de la victime vont porter plainte pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner", a appris BFMTV. L'objectif est de faire reconnaître que la blessure causée par la grenade a causé la mort de la vieille dame.

"Aucun lien entre la blessure et le décès", selon le procureur

Ce 1er décembre dernier, lors de l'une des manifestations les plus violentes des gilets jaunes, Zineb Redouane, habitante au 4e étage de l'immeuble du 12, rue des Feuillants à quelques pas du vieux port, tente de se protéger des gaz lacrymogènes. Alors que des affrontements se déroulent en bas de chez elle, la dame de 80 ans ferme ses volets. C'est là qu'elle aurait reçu une grenade en plein visage. C'est en tout cas ce qu'elle a raconté à ses voisins et ses proches. Des plots de grenade ont d'ailleurs été retrouvés chez elle.

Zineb Redouane, grièvement blessée, totalement défigurée, est transportée à l'hôpital de la Timone puis à l'hôpital de la Conception où elle est opérée. Le lendemain, le dimanche 2 décembre, l'octogénaire est morte. Une enquête est ouverte et l'IGPN saisie dès le lendemain du décès de l'octogénaire. Le procureur de la République de Marseille affirme alors qu'elle est décédée "d'un choc opératoire", "d'un arrêt cardiaque" sur la table d'opération. 

"A ce stade, on ne peut pas établir de lien de cause à effet entre la blessure et le décès", déclare Xavier Tarabeux.

Le 2 mars, une information judiciaire pour recherche des causes de la mort est ouverte et toujours en cours.

Une patiente à "haut risque anesthésique"

Cette plainte qui va être déposée par la famille de Zineb Redouane s'appuie sur l'autopsie pratiquée sur la femme de 80 ans. Les conclusions font état d'un traumatisme facial sévère, avec fracture du côté droit du visage mais aussi aux côtes, conséquence de la grenade. Sur le rapport que nous avons pu consulter, l'état de santé de l'octogénaire est décrit comme "très altéré", cette patiente est considérée comme "à haut risque anesthésique". Pour l'avocat de la famille, si Zineb Redouane n'avait pas été blessée par cette grenade, elle n'aurait pas dû être opérée en urgence. Elle n'aurait alors pas trouvé la mort au moment de l'anesthésie.

"L'autopsie contredit clairement les allégations médiatiques du procureur de Marseille qui a indiqué qu’il n'y avait pas de lien entre la grenade reçue par Mme Redouane et son décès", martèle Me Yassine Bouzrou, l'avocat de la famille de la victime. "Ces affirmations sont totalement fausses, bien entendu le décès résulte du tir de grenade. Lorsqu’on constate ces blessures, on ne peut pas douter du lien direct entre cette grenade reçue dans la tête et ce décès."

Trois mois après le décès de Zibeb Redouane, un rassemblement a été organisé par le comité de soutien à la famille de la vieille dame. L'objectif était de faire émerger la vérité sur les responsabilités "à tous les niveaux d'implication". La fille de la victime a également adressé une lettre ouverte le 2 avril au président de la République. Dans ce texte intitulé La vraie sagesse c’est d’interdire les armes, elle fait référence aux propos d’Emmanuel Macron, qui avait souhaité "un prompt rétablissement et une forme de sagesse" à la militante Geneviève Legay, blessée le 23 mars lors d'une charge policière à Nice.

Cécile Ollivier et Justine Chevalier