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Mort d'Adama Traoré: les juges d’instruction demandent de nouveaux actes d’enquête

Le portrait d'Adama Traoré pendant une marche en sa mémoire le 21 juillet 2018.

Le portrait d'Adama Traoré pendant une marche en sa mémoire le 21 juillet 2018. - FRANCOIS GUILLOT

Les juges d’instruction ont accepté certaines requêtes de l'avocat de la famille d'Adama Traoré. Ils demandent de nouvelles investigations dans le cadre de l'enquête sur la mort du jeune homme.

Nouveau rebondissement dans l'affaire Adama Traoré. Les juges d’instruction ont demandé, dans une ordonnance, que de nouveaux actes d’enquête soient effectués dans le cadre de l'enquête sur la mort du jeune homme de 24 ans à Beaumont-sur-Oise le 19 juillet 2016 après une interpellation musclée, a-t-on appris ce vendredi.

À la veille d'une nouvelle marche et d'un "festival Adama" prévus à Beaumont-sur-Oise, l'avocat de la famille du jeune homme, qui avait formulé ces demandes, se réjouit de cette décision et estime que l'instruction repart de zéro.

"Cela fait des années que nous demandons qu'une enquête effective soit réalisée par les juges d'instruction et nous constatons qu'après quatre années d'inertie et des manifestations dénonçant le déni de justice les juges ont, depuis le rassemblement devant le palais de justice du 2 juin 2020, ordonné 16 actes d'investigation et une expertise médicale confiée à des médecins étrangers", s'est félicité Me Yassine Bouzrou.

Recherche d'antécédents judiciaires

"Bien qu'il s'agisse d'une avancée positive pour le dossier nous ne pouvons que déplorer le comportement des magistrats instructeurs et confirmer notre demande de récusation de ces derniers, lesquels sont manifestement plus sensibles aux rassemblements populaires et à la pression médiatique qu'aux écritures juridiques des parties civiles", a-t-il ajouté.

Parmi les actes d'enquête réclamés, les juges souhaiteraient que soient recherchées les procédures passées dans lesquelles Adama Traoré a été mis en cause, ainsi que toutes celles où le jeune homme était plaignant de manière à pouvoir les joindre au dossier.

Ils voudraient également que soient recherchés les antécédents judiciaires et les dossiers administratifs des gendarmes qui ont interpellé le jeune homme, afin d'en exploiter les différents éléments.

Un mystérieux homme à identifier

Les juges souhaitent aussi retrouver un homme qui a facilité la fuite d'Adama Traoré le 19 juillet 2016, après sa première tentative d'interpellation. Ils demandent aux enquêteurs de vérifier à nouveau dans le fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg) si un rapprochement peut être fait avec l'ADN relevé sur le polo du gendarme ayant procédé à la première interpellation d'Adama Traoré.

Arrêté une première fois et menotté lors de cette interpellation de juillet 2016, cet homme était allé au contact du gendarme qui se trouvait à ce moment-là avec Adama Traoré pour essayer de l'arrêter. Le gendarme lui avait alors asséné un coup de poing, ce qui a laissé le temps à Adama Traoré de s'enfuir.

D'autres actes d'enquêtes déjà réclamés

Ce mystérieux individu, qui pourrait se révèler être un témoin-clé de l'affaire , n'a jusqu'alors jamais été identifié. Analysé à l'époque, son sang n'avait alors donné aucun résultat probant. Bagui Traoré, le frère d'Adama qui était présent ce jour-là (il était recherché), dit connaître cet individu, mais il refuse de donner son nom pour "qu’il n’aille pas en prison".

Les juges demandent désormais à ce que l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) fasse des recherches sur la base de la description faite par le frère d’Adama Traoré, toujours dans le but de retrouver cette personne.

Les juges d'instruction voudraient aussi que les enquêteurs réalisent un plan précis et des mesures dans l’appartement où a eu lieu l'interpellation d'Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise. Ils ne s'opposent pas à une reconstitution, reclamée à plusieurs reprises par Me Bouzrou, mais disent attendre les conclusions de la nouvelle expertise médicale confiée à quatre médecins belges.

D'autres actes d'enquêtes avaient déjà été demandés par les juges d'instruction, comme la recherche de témoins, dont la femme ayant assisté à la première interpellation, ou encore cette nouvelle expertise médicale. Ils avaient aussi déjà réclamé que soit jointe au dossier une procédure dans laquelle le témoin habitant Beaumont-sur-Oise, chez qui Adama Traoré s'était refugié, a été poursuivi pour escroquerie.

Mélanie Vecchio avec Jeanne Bulant