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Meurtre d’Alexandre : « Un phénomène de groupe », dit un avocat

Les deux jeunes de 17 ans sont jugés devant la cour d'assises des mineurs de Rouen. Les deux plus jeunes de 16 ans seront jugés à partir du 27 mai par le tribunal pour enfants de Dieppe.

Les deux jeunes de 17 ans sont jugés devant la cour d'assises des mineurs de Rouen. Les deux plus jeunes de 16 ans seront jugés à partir du 27 mai par le tribunal pour enfants de Dieppe. - -

Le procès de deux des meurtriers d'Alexandre s'est ouvert ce mardi devant la cour d'assises des mineurs de Rouen. Quatre adolescents sont accusés d’avoir exécuté un de leurs camarades en mars 2012 dans la forêt de Beauvoir. La victime menaçait de les dénoncer après un cambriolage.

Un an après le drame, quatre jeunes garçons, dont deux fratries, comparaissent pour le meurtre d’Alexandre, tué dans une forêt près de Beauvoir-en-Lyons, en Seine-Maritime. Les accusés étaient tous âgés de 15 à 17 ans au moment des faits.
Sous un ciel gris, les deux plus âgés, 17 ans, sont entrés le visage recouvert d'un blouson dans le Palais de justice de Rouen, où l'audience, qui se tenait à huis clos, a débuté par le tirage au sort des jurés. Les deux plus jeunes, 16 ans, vont être cités comme témoins dans l'affaire et seront jugés à partir du 27 mai par le tribunal pour enfants de Dieppe.

Tué de deux balles et carbonisé

Le 26 mars 2012, les quatre adolescents ont tendu un guet-apens à leur camarade dans la forêt de Lyons, à une quarantaine de kilomètres à l'est de Rouen, où ils avaient l'habitude de se retrouver. Ce soir-là, l'un des quatre garçons est venu chercher Alexandre chez lui en scooter alors que le reste de la bande les attendait déjà dans les bois.
Lorsqu’ Alexandre est arrivé, il a à peine eu le temps de s'asseoir sur une souche que l'un des garçons lui a tiré une première balle dans la nuque. Alexandre s'est effondré mais était encore en vie. Le petit frère du tireur s'est alors emparé du pistolet et l'a achevé d'une balle dans le dos. La seconde fratrie a arrosé le corps d'essence et y a mis le feu. Quelques heures plus tard, les gardes forestiers ont fait la macabre découverte du corps à moitié calciné. Une carte bleue et un portable à moitié fondus permettent d'identifier Alexandre. Le mobile du crime serait un cambriolage commis par les deux fratries quelques semaines auparavant dans une maison du village. Alexandre n'approuvait pas ce vol, il aurait menacé ses copains de les dénoncer.

« Il a besoin de dire à la famille à quel point il regrette »

Tous avaient un casier judiciaire vierge. Les quatre garçons n'avaient aucun antécédent, ils étaient scolarisés, issus de familles sans problèmes. Maître Anne Lavanant-Lemiegre, avocate, défend le plus jeune frère de la première fratrie, celle qui a tiré sur Alexandre. Son client, incarcéré à la maison d'arrêt de Rouen, avait 15 ans au moment des faits. Pendant ces quatre jours d'audience devant la cour d'assises pour mineurs, il va comparaître comme témoin avant d’être jugé à son tour la semaine prochaine, devant le tribunal pour enfants de Dieppe. Selon la magistrate, il souhaiterait revenir en arrière. « C’est un an où vous avez le temps d’y repenser nuit et jour, à se demander ‘pourquoi l’ai-je donc fait ?’ Il a réussi à mettre des mots sur les faits. Il sait ce que c’est qu’un assassinat, il a compris. Il aimerait pouvoir appuyer sur un bouton comme dans les jeux vidéo. Il est traumatisé, terrorisé, il a besoin de dire à la maman [d’Alexandre] et à la famille à quel point il regrette ».
Etienne Noël, défenseur d'un des accusés, a également assuré que ces derniers avaient fait du chemin : « Après 14 mois d'incarcération, ils ont replongé dans le réel. Cela les a fait mûrir. Mon client sait qu'il purge déjà sa punition ». Selon l'avocat, chacun des accusés aurait pu « à un moment donné ou un autre arrêter » l'engrenage qui a conduit à l'exécution du jeune homme. « C'est un phénomène de groupe où personne ne voulait que cela se fasse, mais ce qu'avait décidé le groupe était devenu inéluctable », a ajouté le magistrat.

« Il était poli, respectueux, c’est un cauchemar »

Anna Castaldo, la mère d'Alexandre, s’est montrée très digne en s'adressant à la presse à son arrivée au Palais de justice, confiant souffrir de la « culpabilité » de ne pas avoir su protéger son fils. Avant le procès, l'un des quatre garçons, qu’elle connaissait bien, lui a écrit une lettre pour s'excuser. Dans l’émission Envoyé Spécial, elle avait déclaré sa totale incompréhension d’un tel geste : « La maison était ouverte, ils mangeaient, ils dormaient. De la même façon qu’Alexandre était accueilli dans sa famille. Il était poli, respectueux. C’est encore un cauchemar. Mon fils ne devrait pas être mort et eux ne devraient pas être là où ils sont ».
« J'espère qu'ils vont assumer, j'espère qu'ils ne vont pas jouer la carte de ceux qui ne savaient pas ce qu'ils faisaient », a déclaré à propos des accusés le frère de la victime, Julien Martinez. Les accusés encourent au maximum 20 ans de réclusion criminelle. Après avoir souligné que les faits « sont reconnus et ne posent pas de difficulté », l'avocate de la famille, Joëlle Giudicelli, a précisé : « Mon mandat est de faire sauter l'excuse de minorité pour les deux accusés. Ils ont agi comme des adultes ». Si elle y parvient, ces derniers pourraient écoper de la perpétuité. Les verdicts sont attendus pour le 31 mai.

Claire Béziau, avec Juliette Droz et AFP