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"Martyre de l'A10": ce que les parents ont dit aux enquêteurs 

Frédéric Chevallier, procureur de la République de Blois, a donné ce mercredi en début de soirée une conférence de presse afin de lever le voile sur les circonstances de la mort de la petite fille retrouvée morte au bord de l'A10 à Suèvres, près de Blois, le 11 août 1987. Il a aussi évoqué les premières suites judiciaires à l'encontre de ses parents interpellés mardi matin pour ces faits.

On sait à présent qu'elle s'appelait Ynass. Ce mercredi en début de soirée, Frédéric Chevallier, le procureur de la République de Blois dans le Loir-et-Cher, a retracé au cours d'une conférence de presse donnée dans le tribunal de grande instance de cette même ville l'enquête autour de cette malheureuse "inconnue de l'A10", en référence à la voie auprès de laquelle elle avait été retrouvée morte et couverte de blessures dans le Loir-et-Cher le matin du 11 août 1987. 

"Jamais scolarisée"

Il a aussi annoncé que ses deux parents avaient été mis en examen pour meurtre sur mineur de moins de quinze ans, recel de cadavre et violences sur mineur, après avoir été déférés. Le père a été écroué et, comme l'a expliqué plus tard le procureur de la République intervenant sur notre antenne, la mère a également été écrouée au terme d'un débat devant le juge de la liberté et de la détention. 

Le magistrat a aussi donné quelques éléments biographiques d'une existence qui a été brutalement interrompue au bout de quatre années. Ynass est ainsi née le 3 juillet 1983 à Casablanca, au Maroc où elle a demeuré 18 mois chez sa grand-mère maternelle puis a rejoint ses parents à Puteaux à la fin de l'année 1984 ou au début de l'année 1985. 

L'itinéraire des parents

Ynass a eu une existence légale, étant notamment inscrite au livret de famille, auprès de la Caisse d'allocations familiales. Elle a aussi été inscrite en maternelle "mais n'a jamais été scolarisée", a posé Frédéric Chevallier. Elle avait alors deux grandes sœurs. Quatre frères suivront. 

Le récit de l'homme de loi s'est ensuite attaché aux parents. Ils ont d'abord posé leurs bagages à Vitry en 1982, avant de déménager à Puteaux en 1985, puis de partir pour Villers-Cotterêts. Ils se sont séparés en 2010. C'est d'ailleurs à leurs domiciles respectifs qu'ils ont été interpellés mardi matin. C'est l'implication de leurs fils, et donc d'un frère de la défunte petite fille, dans des faits de violences et le prélèvement de son ADN qui ont permis de les confondre. Versée au FNAEG, le fichier national automatisé des empreintes génétiques, elle est entrée en résonance avec l'ADN d'Ynass. 

Le "soulagement" du père

Trentenaires au moment du meurtre de leur fille, les suspects sont aujourd'hui âgé de 66 ans pour le premier, de 64 ans pour la seconde. Dès son placement en garde à vue, la langue du père s'est déliée. "Il a dit qu'il vivait un enfer avec son épouse, qu'elle était violente à son égard et à l'égard de ses trois filles. il a dit qu'il avait peur de sa femme, et vivait sous sa domination", a révélé le procureur de la République de Blois. Frédéric Chevallier a continué de déployer la version du père de famille:

"Le 10 août, en rentrant chez lui, il dit qu'il a constaté le corps sans vie de sa fille. Il dit qu'il a été suffisamment lâche pour partir vers le Maroc et qu'au petit matin, alors qu'il y avait trois autres enfants, Ynass, emmaillotée, a été abandonnée le long de l'A10." 

La fillette était morte d'un "épuisement physique", consécutif aux maltraitances qu'elle subissait, a rappelé Frédéric Chevallier dans la soirée sur notre chaîne. Le suspect a aussi confié son "soulagement" devant la tournure prise par cette affaire, trente ans après. 

Les variations de la mère 

En garde à vue, la mère s'est montrée moins diserte. Ou plutôt ses déclarations ont varié, soulevant cependant les mêmes doutes à chaque fois parmi les enquêteurs. "Elle a d'abord dit qu'elle n'avait plus de souvenir, puis disait que sa fille n'était pas décédée", a débuté le procureur. Mais les choses ont changé lors du première interrogatoire de comparution devant le magistrat instructeur. Elle a alors assuré avoir été "victime de violences de la part de son époux". Elle a toutefois concédé qu'il avait pu "occasionnellement" lui arriver d'être "violente envers Ynass" mais a soutenu ne pas "être impliquée dans sa mort". 

Robin Verner