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Marseille: un douanier condamné à trois ans de prison pour corruption

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- - Beatrice Huret devant le tribunal de Boulogne-sur-Mer le 27 juin 2017 - PHILIPPE HUGUEN, AFP

Un douanier de 51 ans a été condamné à trois ans de prison pour corruption. Il est accusé d'avoir laissé passer des contrebandiers en échange de billets de 50 ou 100 euros.

Un douanier qui fermait les yeux sur le trafic de cigarettes de contrebande sur le port de Marseille a été condamné pour corruption mercredi à trois ans de prison et à une interdiction d'exercer dans les douanes pendant cinq ans.

A la descente des ferries en provenance d'Algérie, Luc Le Ray, 51 ans, en poste sur le port à la brigade de surveillance extérieure de Marseille-Sud, laissait passer des "trabendos" (petits trafiquants), en échange d'un billet de 50 ou 100 euros placé dans le passeport, glissé sous le tapis de sol du véhicule ou remis, le lendemain, au marché aux puces.

"Tout le monde connaît 'le chinois'"

Le 6 mars, le procureur Guillaume Katawandja avait requis quatre ans de prison dont dix-huit mois avec sursis et mise à l'épreuve, estimant que, "même si les bénéfices pécuniaires sont modestes, les faits sont particulièrement graves car il a manqué à tous les serments". Début 2013, Luc Le Ray avait été placé en détention provisoire durant 40 jours.

Entré en 1995 dans les Douanes, cet agent de constatations, suspendu par son administration, avait été dénoncé par une lettre anonyme et plusieurs contrebandiers ont affirmé que 'Le Chinois' (un surnom qu'il conteste) permettait d'éviter les contrôles en orientant les véhicules sur la file qu'il avait en charge. "Tout le monde connaît 'le Chinois'. Les gens parlent sur le bateau et savent qu'il faut se mettre sur la file de gauche", avait déclaré, en mai 2013, un "trabendo".

"Grande gueule, électron libre"

Placé sous écoute, Luc Le Ray communiquait fréquemment avec son épouse, en utilisant l'argot javanais, pour lui annoncer des rentrées d'argent. "J'ai fait passer mon gars, normalement j'aurai demain 50 euros et une cartouche de cigarettes". Son épouse a été condamnée à un an de prison avec sursis pour recel.

Condamnés à dix-huit mois de prison, deux trafiquants, ainsi que le douanier devront, tous les trois, payer une amende douanière d'un montant de 66.946 euros. Luc Le Ray a toujours contesté cette corruption, s'estimant victime d'un complot.

Décrit comme très impliqué dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, les douanes marseillaises lui doivent quelques-unes des plus belles saisies opérées sur le port. Son défenseur Me Julien Blot avait plaidé la relaxe, considérant qu'il payait "sa forte personnalité et le fait d'être une grande gueule, un électron libre ne respectant pas les consignes de sa hiérarchie".

G.D. avec AFP