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Maintien de l'ordre: comment font nos voisins européens?

Les forces de l'ordre à Paris le 5 janvier 2019.

Les forces de l'ordre à Paris le 5 janvier 2019. - Sameer Al-Doumy / AFP

L'usage d'armes comme les lanceurs de balles de défense est limité dans de nombreux pays. Les polices locales s'appuient davantage sur des officiers de liaison, chargés du dialogue avec les manifestants.

C’est désormais un rendez-vous hebdomadaire entre forces de l’ordre et manifestants. Ce samedi est attendue la dixième journée de mobilisation des gilets jaunes avec des manifestations organisées un peu partout en France. Après plusieurs signalements de violences policières, le maintien de l’ordre est désormais scruté de près. L’occasion d’aller voir comment s’opère, chez nos voisins européens, la gestion de l’ordre public lors des manifestations.

De la désescalade belge au controversé Kettling anglais

La doctrine française du maintien de l’ordre, longtemps plébiscitée mais fragilisée ces dernières semaines, repose sur une mise à distance des manifestants avec différents dispositifs d’éloignement, comme les grenades lacrymogènes. Elle vise à une intervention collective, en cas d’absolue nécessité.

Dans d’autres pays européens, la mise à distance est encore plus présente, notamment en Belgique, où l'on pratique la “désescalade”, “où l’on tente au maximum d’éviter [l'affrontement] par le biais de la négociation et du compromis”, précise un rapport remis en janvier 2018 par le Défenseur des droits.

À l’inverse, le Royaume-Uni suit la doctrine du Kettling, "l’encagement" en français, où les forces de l’ordre encerclent un groupe de personnes dans un endroit déterminé afin de l'isoler du reste de la manifestation. Une technique controversée mais jugée conforme par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

Les armes de force intermédiaire largement prohibées

C’est sans doute le point sur lequel la France se distingue le plus: l’usage régulier d’armes dites de force intermédiaire. Grenades à main “assourdissantes”, lanceurs de grenades, lanceurs de balles de défense (notamment les 40x46 récemment critiqués) et grenades lacrymogènes instantanées (de type GLI-F4 et OF-F1) sont fréquemment utilisés pour faire face aux cortèges violents et apportent leurs lots de blessés chaque week-end.

Des armes que l’on retrouve dans les équipements de policiers espagnols et italiens mais qui sont, en revanche, complètement prohibées en Allemagne, au Royaume-Uni, en Belgique et en Suède. Ces pays leur préfèrent les armes de force dite simple, comme les bâtons de défense, les bombes lacrymogènes ou encore les canons à eau, comme ci-dessous, lors d’une manifestation des gilets jaunes belges à Bruxelles, le 30 novembre dernier.

Les canons à eau de la police belge, à Bruxelles le 30 novembre 2018.
Les canons à eau de la police belge, à Bruxelles le 30 novembre 2018. © Aris Oikonomou / AFP

Apaiser les relations avec des officiers de liaison

En France, l’encadrement des rassemblements est assuré par des unités spécialisées, les compagnies républicaines de sécurité (CRS) et les escadrons de gendarmerie mobile (EGM). Ailleurs, il est généralement à la charge de la police locale. La plupart des forces de l’ordre européennes insistent davantage sur une communication accrue avec les protestataires. Des agents de liaison sont présents lors de chaque manifestation au sein des special police tactics en Suède ou des peace units au Pays-Bas.

La police allemande dispose aussi de véhicules dotés de hauts-parleurs et d’écrans LED afin d’informer la foule. De nombreux pays voisins, comme la Belgique, utilisent plus volontiers la presse locale et les réseaux sociaux pour informer en temps réel de l’évolution des opérations de police. Toutes insistent sur la mise en place d’une relation de confiance, qui passe par un dialogue accru et permet, par la négociation, de désamorcer les réactions violentes.

“Le verbe est la première arme pour faire respecter la loi”, déclarait un superintendant des forces mobiles fédérales allemandes à Jacques Toubon, en mars 2017.

Arrestation d'un manifestant pro-Brexit, à Londres le 12 janvier 2019.
Arrestation d'un manifestant pro-Brexit, à Londres le 12 janvier 2019. © Daniel LEAL-OLIVAS - AFP

Concernant les interpellations enfin, alors que la police française procède aux arrestations pendant les manifestations, des pays comme le Royaume-Uni privilégient, dans la mesure du possible, l’intervention à l’issue du rassemblement. Une solution qui permet d’éviter, selon le Défenseur des droits, un “effet de solidarisation” entre protestataires.

Esther Paolini