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Maintien de l'ordre: au ministère de l'Intérieur, un séminaire pour "réinventer la police"

Un policier sur les Champs-Elysées, le soir du 31 décembre 2019.

Un policier sur les Champs-Elysées, le soir du 31 décembre 2019. - Zakaria ABDELKAFI / AFP

Manifestation anti-loi travail, Notre-Dame-des-Landes, gilets jaunes... Le maintien de l'ordre est mis à l'épreuve ces dernières années. Ce lundi, une quinzaine d'experts se penchent sur l'élaboration d'une nouvelle doctrine, devenue "nécessaire", selon Christophe Castaner.

Ce lundi débute au ministère de l'Intérieur un séminaire dédié à la réforme du maintien de l'ordre en France. Après sept mois de manifestations de gilets jaunes, Christophe Castaner reconnaît qu'une réflexion sur la doctrine qui encadre la police et la gendarmerie est devenue "nécessaire".

• Quels sujets vont être débattus ?

La volonté affichée est de plancher sur "une évolution en profondeur" de la doctrine et des méthodes du maintien de l'ordre. Au programme du séminaire: des "retours d'expérience", un "regard sur le maintien de l'ordre en Europe", des ateliers sur "la médiation et l'interaction avec les manifestants", "la communication externe et l'information du grand public", "l'utilisation des moyens de force intermédiaire" et "la judiciarisation des opérations de maintien de l'ordre".

• Les violences policières vont-elles être évoquées?

Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur à la mi-mai, 2448 blessés ont été recensés côté manifestants et 1797 parmi les forces de l'ordre. Depuis le début du mouvement, l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, a été saisie de 265 enquêtes judiciaires, dont près de 40% (105) ont à ce jour été transmises aux parquets.

Face à ce constat, le ministre de l'Intérieur a promis que tous les sujets seront mis "sur la table", tout en niant l'existence de "violences policières". Christophe Castaner assure que l'usage des lanceurs de balles de défense sera débattu, tout comme celui des lanceurs d'eau ou des chevaux, à l'image de la police anglaise.

De leur côté, les syndicats de police ne sont pas contre la mise en place de nouvelles armes moins lourdes que les lanceurs de balles de défense, comme le "taser moderne", cite à notre antenne Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure.

• Qui participe au séminaire?

Une quinzaine d'experts va être auditionnée, d'après le JDD. Parmi eux, le procureur de la République adjoint Olivier Christen, qui a récemment participé à plusieurs procès de gilets jaunes dont celui d'Eric Drouet, deux anciens patrons du Raid Jean-Michel Fauvergue et Jean-Louis Fiamenghi, l'ancien chef du groupement de sécurité et d'intervention de la gendarmerie nationale, le général d'armée Jean-Régis Vechambre, le sociologue Patrick Bruneteaux, le président de l’Institut Léonard de Vinci Driss Aït Youssef, mais aussi deux journalistes, Guillaume Biet d'Europe 1 et Georges Brenier de TF1.

• Qu'en attendent les policiers ?

Une tribune publiée dimanche par plusieurs syndicats de police (Syndicat des commissaires de la Police nationale, Syndicat des cadres de la sécurité intérieure, Unité SGP Police-FO, Unsa Police) appelle à un "signal fort" pour "réinventer la police". Ils reconnaissent "la nécessité de renforcer le lien entre la population et sa police", mais s'interrogent sur le casting choisi par le gouvernement pour réfléchir sur cette réforme.

"Depuis 2014 avec le barrage de Sivens, le ministre de l'Intérieur de l'époque Bernard Cazeneuve nous promettait une nouvelle doctrine du maintien de l'ordre. Cinq ans après, on fait appel à des experts qui pour beaucoup, n'ont pas été à la tête de service de maintien de l'ordre. On s'interroge sur la raison pour laquelle on a pas fait appel à des commissaires expérimentés. La constitution du groupe nous interpelle", indique à notre antenne Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure.

"La démarche ne peut être que positive. (...) Il y a des décisions à prendre", ajoute-t-il. La dernière loi sur la sécurité intérieure est récente puisqu'elle remonte au 30 octobre 2017. Elle avait instauré certaines dispositions de l'état d'urgence comme les assignations à résidence dans le droit commun.

Esther Paolini avec AFP