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Magali Blandin: le procureur explique pourquoi sa plainte pour violences conjugales a été classée

Alors que des voix s’élèvent contre le classement sans suite de la justice après la plainte de Magali Blandin pour violences conjugales, le procureur de Rennes souligne à BFMTV qu'un "accompagnement social" avait été mis en place pour le couple.

La mort de Magali Blandin aurait-elle pu être évitée? En septembre, cette mère de famille avait déposé plainte auprès de la brigade de gendarmerie de Montauban-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) pour violences conjugales. Une enquête avait été ouverte, puis classée sans suite. Huit mois plus tard, son époux a été mis en examen pour son meurtre "en bande organisée".

Le procureur de la République de Rennes explique ce mardi à BFMTV qu’une réponse judiciaire avait toutefois bien été mise en place, celle d’un "accompagnement social".

De vives tensions sur l'argent

Depuis la découverte du corps de la mère de famille samedi et les aveux de son mari, Jérôme Gaillard, de nombreuses voix s’élèvent contre ce classement sans suite, dénonçant l'attitude de la justice dans cette affaire. "Elle a été tuée à coups de batte de baseball. De batte de baseball. Elle avait déposé plainte pour violences. La plainte avait été classée sans suite. En fait, rien ne change. C'est désespérant et révoltant", a ainsi écrit sur Twitter Laurence Rossignol, sénatrice socialiste et ancienne ministre.

Philippe Astruc, représentant le ministère public à Rennes reconnaît sur notre antenne que "l’interrogation est naturelle" mais explique qu’il est nécessaire de comprendre les motivations du parquet.

Durant l’été 2020, le couple est en proie à de violentes disputes, nourries par "un conflit très fort sur les questions d’argent". Début juillet, la victime a décidé d’ouvrir un compte personnel, en plus du compte commun de la famille. "Cela a fortement déplu à son mari", indique le magistrat. Fin août, la tension monte encore d’un cran lorsque Magali Blandin choisit de verser sur son compte personnel son salaire d’éducatrice spécialisée d’environ 2000 euros.

Le 2 septembre au soir, lors d'une discussion animée, "elle dit qu'il soulève le banc et qu'elle tombe sur les fesses en arrière". Magalie Blandin se fait mal au coccyx. Elle tente de partir, d'appeler le 17 mais son mari l’en empêche. "Ce fait est qualifiable de violence", convient le procureur. Le lendemain, elle dépose plainte à la brigade de Montauban-de-Bretagne et le mari est placé en garde à vue, tandis que les quatre parents du couple sont entendus.

Un climat autoritaire

Aux enquêteurs, Magali Blandin affirme que ce n’est pas la première fois qu’elle est victime de violences conjugales. Elle évoque de précédents épisodes en 2005 et en 2013. Alors qu’elle était enceinte, lui l’aurait ainsi "saisi au cou". La plaignante témoigne plus globalement d'un climat autoritaire, de dénigrement, d’injures.

Magali Blandin "passe le protocole, rencontre un médecin de l’institut médico-légal, qui ne constate pas de lésions physiques, mais relève une tachycardie importante", explique Philippe Astruc.

De son côté, Jérôme Gaillard reconnaît avoir soulevé le banc à leur domicile, mais conteste, ou dit ne pas se souvenir des faits les plus anciens. De même "aucun certificat médical ni aucune photographie" ne sont disponibles. Par ailleurs, le mari affirme être également "victime de violences physiques assez régulièrement de la part de sa femme." Des faits reconnus durant la procédure par Magali Blandin.

"Il y avait une autre décision possible. On aurait pu le poursuivre pour cette violence du 2 au soir, mais il ne peut pas y avoir de deux poids deux mesures. Il aurait alors fallu poursuivre également Magali Blandin pour les violences qu’elle reconnaissait avoir exercé sur son mari. Ce n’est pas le choix qui a été fait, le choix qui a été fait est celui d’un accompagnement social", conclut le procureur.

Le procureur a également considéré auprès de nos confrères de l’AFP que "l'intensité de ce fait-là ne justifie pas un renvoi devant le tribunal correctionnel". Mais cette affaire "à tiroirs" n’a pas encore livré tous ses secrets, pressent Philippe Astruc. "On peut avoir encore des développements surprenants", assure-t-il.

Esther Paolini Journaliste BFMTV