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Levallois: le maintien de l'opération Sentinelle mis en cause

Six militaires ont été percutés volontairement par un assaillant en voiture mercredi matin à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine. C'est la cinquième fois que les militaires de l'opération Sentinelle sont pris pour cibles depuis 2015. Personnalités politiques et hauts gradés sont partagés sur l'opportunité ou non de la maintenir.

Mercredi, dans la matinée, six militaires partant en mission ont été renversés par une BMW noire au sortir de leur casernement à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine. Peu après, la section antiterroriste du parquet de Paris s'est saisie de l'affaire et a ouvert une enquête en flagrance pour "tentative d'assassinats sur personnes dépositaires de l'autorité publique en lien avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste criminelle". C'est déjà la cinquième fois que les soldats de l'opération Sentinelle, depuis son lancement en janvier 2015, sont attaqués.

La question du budget de l'armée

Cette vulnérabilité des militaires, assurant la sécurité de certains sites considérés comme sensibles ou patrouillant dans les rues, interroge désormais les observateurs. Pour les uns, il s'agit d'aller plus loin. Eric Ciotti, député "Les Républicains" élu dans les Alpes-Maritimes, a publié un communiqué en ce sens: "Les lois votées depuis 2012 ont le mérite d’exister mais il faut enfin avoir la lucidité de reconnaître qu’elles ne nous permettront pas de gagner cette guerre. (…) Dès lors, notre réponse doit être ferme et globale. Nous devons nous réarmer. Sur le plan sécuritaire avec des moyens budgétaires et juridiques supplémentaires pour nos forces de sécurité. Sur le plan judiciaire avec une justice implacable à l’égard de ceux qui nous menacent."

Le parlementaire a aussi exhorté le président de la République à maintenir l'état d'urgence: "Aussi, au moment où cette attaque nous rappelle l’acuité de la menace qui pèse sur notre pays, je demande au Président de la République de revenir sur sa décision de sortir de l’État d’urgence."

Pour lui, ces sujets vont de pair avec celui de l'effort financier demandé à l'armée pour cette année. "Dans ce contexte, diminuer les moyens budgétaires des forces de l’ordre et des militaires est une faute. C’est pourquoi, je demande également le rétablissement immédiat des crédits supprimés par le gouvernement", a-t-il écrit.

L'affaire de la gendarmerie?

Aux yeux de son confrère à l'Assemblée nationale, Jean-Louis Bourlanges, député MoDem élu dans les Hauts-de-Seine, ces deux sujets sont cependant distincts. Sur BFMTV, Jean-Louis Bourlanges a défendu les coupes dans le budget de l'armée pour l'année 2017:

"Les coupes dans le budget militaire sont une affaire très sérieuse, due à une situation budgétaire particulière, conjoncturelle, liée à des sous-évaluations massives dans la loi de finances initiales. (…) Il n’y a aucun rapport entre ce qu’il s’est passé ce matin et ces opérations budgétaires."

En revanche, le député est dubitatif quant à la pertinence de la poursuite de l'opération Sentinelle: "J’ai toujours eu une interrogation, mais je n’ai pas de conclusion, sur l’opportunité de faire concourir directement les forces armées à la protection des sites, du territoire dans les conditions où on le fait depuis maintenant plus d’un an. Je pense que c’est plutôt la tâche de la gendarmerie." Jean-Louis Bourlanges a étayé sa réflexion:

"Les gendarmes ont une formation militaire et sont précisément destinés à assurer la protection publique. C’est leur mission. L’armée est faite pour faire des interventions, des opérations extérieures. (…) En revanche, la couverture et la sécurité du territoire, c’est l’affaire de la gendarmerie."

"Un bilan profondément négatif"

Le général Vincent Desportes, ex-directeur de l'Ecole de guerre, n'y est pas allé, pour sa part, par quatre chemins pour expliquer le fond de sa pensée sur l'opération Sentinelle. Exaspéré, il a lancé à l'antenne de BFMTV: "Maintenant, ça suffit. Cette opération Sentinelle a un bilan profondément négatif. Rien ne prouve qu’elle a apporté quelque chose à la sécurité des Français mais d’une part, elle fournit des cibles faciles à la folie meurtrière des aficionados de Daesh et d’autre part, elle pèse d’un poids très lourd sur les armées françaises."

Ce poids est d'autant plus lourd que l'opération Sentinelle a des conséquences regrettables pour les troupes selon l'officier. "Elle entraîne un sous-entraînement de nos soldats qui, compte-tenu de la multitude des opérations, sentinelle en particulier, n’ont plus véritablement le temps de s’entraîner", a-t-il posé. Enfin, le général Desportes en a appelé à l'exécutif: "Le président Hollande et son gouvernement n’ont jamais eu le courage de revenir sur cette opération qui a été déclenchée lors des attentats de Charlie Hebdo. Désormais, il faut que le président Macron et son gouvernement aient le courage de revenir sur ces déploiements Sentinelle qui n’apportent rien mais sont au contraire préjudiciables à la sécurité des Français."

Le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU, connaît bien l'exécutif pour avoir conseillé Emmanuel Macron au sujet des questions de défense durant la campagne présidentielle. Intervenant auprès de notre chaîne ce mercredi soir, il a estimé qu'il n'était pas question de mettre un terme à l'opération Sentinelle mais qu'il fallait "l'adapter", dans la mesure où elle "consomme trop d'effectifs". Et il a déclaré que cet ajustement était d'ailleurs déjà l'ordre du jour:

"Le nouveau chef d’Etat-major des armées, le général Lecointre, a reçu pour mission de remettre un dossier, je crois pour octobre ou en tous cas au début de l'automne, pour adapter le dispositif."

Robin Verner