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Les coulisses de l'évasion du braqueur Redoine Faïd

Les complices de Redoine Faïd, le braqueur récidiviste qui s'est évadé dimanche de sa prison de Seine-et-Marne, ont emprunté un passage que seuls les surveillants connaissaient. Une évasion en hélicoptère spectaculaire.

Quelque 3000 policiers et gendarmes sont mobilisés ce lundi pour retrouver Redoine Faïd, ce braqueur récidiviste qui s'est évadé dimanche matin du centre pénitentiaire de Réau, en Seine-et-Marne. Une évasion spectaculaire qui n'a pris que quelques minutes.

Nicole Belloubet, la ministre de la Justice, a évoqué ce lundi une possible défaillance pour expliquer la facilité avec laquelle cet homme condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour un braquage raté qui a coûté la vie à une policière a réussi à s'échapper de cette prison conçue pour être ultra sécurisée.

Une opération minutieusement préparée

Trois hommes armés de fusils d'assaut ont pénétré le petit club aéronautique de Fontenay-Trésigny où ils ont pris en otage le pilote d'un hélicoptère, lui ordonnant de se rendre à la prison de Réau. L'appareil s'est posé dans la cour d'honneur du centre pénitentiaire, le seul endroit qui n'est pas protégé de filets anti-aérien. Comme l'a précisé la ministre de la Justice, les détenus ne circulent jamais dans cette cour d'honneur, sauf lorsqu'ils doivent sortir de l'établissement. "Et dans ce cas-là, ils sont toujours escortés", a indiqué Nicole Belloubet. 

L'opération a duré moins de dix minutes. Aucun coup de feu n'a été tiré et aucun blessé n'est à déplorer. Dominique Rizet, spécialiste police/justice pour BFMTV, évoque "la grande maîtrise" des auteurs de l'évasion, des professionnels du banditisme qui avaient précédemment repéré l'endroit. Ce qu'a confirmé Yoan Karar, secrétaire général adjointe du syndicat national pénitentiaire FO. Il s'agit d'individus "très entraînés, professionnels et lourdement armés qui savaient où ils allaient".

Des complicités à l'intérieur de la prison?

Du parloir à la cour d'honneur, Redoine Faïd a emprunté la route la plus courte -le chemin de ronde- un chemin en principe réservé aux surveillants pour les interventions d'urgences et seulement connu d'eux. Un passage presque secret, assurent les syndicats pénitentiaires. Y a-t-il eu des complices à l'intérieur de la prison? "Manifestement, quelqu'un a repéré cette voie de passage possible", a déclaré la garde des Sceaux, évoquant des drones qui ont été récemment vus au-dessus de l'établissement pénitentiaire.

Par ailleurs, ses complices -également armés de disqueuses- savaient combien de portes et lesquelles il faudrait ouvrir pour arriver jusqu'au parloir où Redoine Faïd, un détenu particulièrement signalé (DPS) qui séjournait au quartier d'isolement, recevait la visite d'un de ses frères, qui a été placé en garde à vue. Mais pour Dominique Rizet, cette explication n'est pas suffisante. "C'est une prison moderne dont on ne s'évade pas comme des vieilles prisons", ajoute-t-il. "Quelqu'un d'autre qu'un simple drone a donné des renseignements", estime-t-il.

  • Des surveillants non armés

Comme le rapporte Le Parisien, les surveillants présents dans l'enceinte de la prison ne sont pas armés afin de limiter les risques en cas de prise d'otage. Seuls ceux des miradors le sont, mais ils ont interdiction de tirer sur un hélicoptère afin de ne pas mettre en danger le pilote et d'éviter un crash sur les bâtiments. Ils n'ont pu que donner l'alerte.

Un détenu qui attire les "sympathies"

Aux yeux des autres détenus, Redoine Faïd est un aimant qui suscite "la sympathie" et "l'admiration", selon Dominique Rizet. Des individus auraient ainsi pu "d'opportunité" se proposer pour l'aider à s'évader, ce qui complique la tâche des forces de l'ordre. Ces derniers sont ainsi en train d'établir la liste de toutes les personnes qui sont venues lui rendre visite et de celles qu'il a rencontrées en prison. Pour Dominique Rizet, Redoine Faïd "n'est pas forcément quelqu'un qui va organiser une équipe" afin de l'extraire de sa cellule.

Une évasion attendue

Pour certains, cette évasion n'est pas une surprise, ses velléités de se faire la belle étaient connues. C'est la troisième cavale du braqueur âgé de 46 ans et sa deuxième évasion de prison. La dernière fois, il avait été arrêté en mai 2013 après un mois et demi de fuite. Il avait été retrouvé avec un complice dans une chambre d'hôtel de Pontault-Combault, en Seine-et-Marne. Et avait alors assuré aux policiers qu'il s'enfuirait à nouveau.

Céline Hussonnois-Alaya