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Le ras-le-bol des directeurs de prisons françaises

Les directeurs de prison dénoncent leurs conditions de travail et  la surpopulation.

Les directeurs de prison dénoncent leurs conditions de travail et la surpopulation. - -

Mardi, une vingtaine de fonctionnaires en uniforme se sont rassemblés à quelques mètres du ministère de la Justice, place Vendôme à Paris. Une manifestation rare pour dénoncer les conditions de travail et la surpopulation carcérale.

C’est une profession qui n’a pas l’habitude de descendre dans la rue pour manifester. Pourtant, mardi, des directeurs de prisons françaises se sont réunis devant le ministère de la Justice pour dénoncer la surpopulation dans leurs établissements et les conditions de travail toujours plus difficiles. Une délégation a été reçue à la Chancellerie. Un plan de sécurité dans les prisons doit être présenté sous 15 jours et un projet de loi de politique pénale sur la prévention de la récidive sera présenté en juillet au Conseil des ministres.

La surpopulation, principale source de difficultés

Au premier rang des difficultés rencontrées : le "taux record" d'occupation des prisons, et ses conséquences : hausse des incidents entre détenus et à l'égard du personnel, mauvaises conditions de détention, "incapacité" d'une prise en charge "adaptée" des détenus. Christiane Taubira s'était engagée à réduire le nombre de prisonniers dans les centres pénitentiaires surchargés. Pourtant, début mai, les prisons étaient toujours surpeuplées: 67 839 détenus pour seulement 57 000 places.
Plusieurs raisons à cette surpopulation : les juges d'application des peines chargés d'étudier le suivi des condamnés sont débordés. Les peines plancher dont Christiane Taubira a promis la suppression existent toujours et sont donc appliquées. Quant au nombre d'incarcérations, il a augmenté au rythme des faits de délinquance. Selon l'observatoire national de la délinquance, le nombre de violences aux personnes a fortement augmenté en un an.

« Soit on construit plus, soit on incarcère moins »

Jimmy Delliste est responsable de la maison d’arrêt de Saint-Etienne, et secrétaire général de SNP-FO Direction des centres pénitentiaires. S’il a manifesté mardi, c’est qu’il craint pour la sécurité de ses personnels. « Pour l’instant, on ne voit pas le bout du tunnel dans nos établissements car vous avez plus de personnes incarcérées qui restent plus longtemps. On s’aperçoit que depuis un certain temps, il y a une montée de la radicalisation dans les cours de promenade où vous avez plus de violence et d’agressions envers les personnels et même les directeurs. Il y a une vraie problématique : soit on construit assez de places de prison pour héberger tout le monde, soit on incarcère moins ou on libère plus. Nous, ce qu’on demande, c’est l’application de la règle ‘une place, un détenu’ ».

« Certains détenus, on se demande comment ils s’en sortent vu les coups qu’ils reçoivent »

Sophie Bondil, directrice adjointe du centre pénitentiaire de Toulon La Farlède depuis dix ans, est secrétaire nationale SNP-FO Direction. Dans sa maison d'arrêt, le taux d'occupation s'élève à 150% et cela provoque trop de tensions selon elle. « On est dans un cercle vicieux. On se retrouve dans des établissements avec des taux d’occupation record. Qui dit taux record, dit matelas par terre, dit augmentation des violences. Certains détenus, on se demande comment ils s’en sortent vu les coups qu’ils reçoivent. C’est vrai qu’on a de plus en plus un sentiment d’impuissance. Les familles s’ouvrent auprès de nous en nous racontant l’agression de leur proche : "faites quelque chose pour nous, mon fils est racketté, nous aussi sommes rackettés et menacés’". Mais nous, nous n’avons pas de place en isolement, on ne peut pas le séparer des autres. Comment fait-on ? On n’a jamais connu cette situation ».

« Un surveillant pour 80 détenus »

Rémy Castet est directeur adjoint au centre pénitentiaire de Saint-Etienne. Il craint surtout les violences envers les surveillants. « Il y a des difficultés au quotidien avec des personnes de plus en plus agressives. Dans l’établissement où je suis, à l’étage, il y a un surveillant pour 80 détenus. Lorsque vous avez des groupes de détenus qui commencent à faire une bagarre assez organisée, on craint que les détenus agressent les personnels en grand nombre et qu’il y ait des blessés ».

Tugdual de Dieuleveult avec V. Voldoire