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Le procès du Mediator s'ouvre dans l'incertitude

Le procès des laboratoires Servier et de leur président-fondateur Jacques Servier pour "tromperie aggravée" dans l'affaire du Mediator doit s'ouvrir ce mardi à Nanterre.

Le procès des laboratoires Servier et de leur président-fondateur Jacques Servier pour "tromperie aggravée" dans l'affaire du Mediator doit s'ouvrir ce mardi à Nanterre. - -

Le procès des laboratoires Servier et de leur président-fondateur Jacques Servier pour "tromperie aggravée" dans l'affaire du Mediator doit s'ouvrir ce mardi à Nanterre dans un contexte incertain. La défense et certaines parties civiles demandant son annulation ou son report.

Le procès du Mediator aura-t-il bien lieu ? La défense de Jacques Servier demande son annulation ou son report. Motif : l'instruction judiciaire ouverte à Paris pour homicides et blessures involontaires n'est pas terminée et les avocats de la défense considèrent que le procès ne peut se tenir sans les élements de l'instruction. « Les citations directes étaient très opportunes avant qu'une instruction soit ouverte, mais dès lors qu'elle l'est, je vois mal comment on peut envisager de juger cette affaire sur citation directe », a expliqué à Reuters Me Hervé Temime, avocat de Jacques Servier et des laboratoires du même nom. « On ne peut pas accepter, alors qu'on est mis en examen, d'être jugé avant la clôture de l'information », a-t-il ajouté. « Ça nous paraît absolument impossible que cette affaire puisse être évoquée sans que le tribunal puisse disposer des éléments de l'information conduite à Paris ». Les parties civiles sont divisées sur la question. Celles qui sont à l'origine des citations directes espèrent la tenue du procès tandis que d'autres entendent demander un sursis à statuer tant que l'instruction parisienne n'est pas close.

« De la haute voltige »

C'est le cas de Me Jean-Christophe Coubris, qui représente 40 victimes dans la procédure de Nanterre. « Il ne faudrait pas que mon message soit mal interprété », dit-il. « L'objectif, c'est de faire condamner Servier, mais dans de bonnes conditions », ajoute-t-il, soulignant que le nombre de plaignants est beaucoup plus important à Paris qu'à Nanterre (environ 3 300 contre 700). « Se passer d'une instruction sur une situation aussi gravissime, cela me paraît de la haute voltige ». L'instruction parisienne, dans le cadre de laquelle Jacques Servier est poursuivi pour "tromperie sur la qualité substantielle d'un produit, escroquerie et obtention indue d'autorisation", devrait être réglée à l'automne, selon le parquet.
De nouvelles mises en examen ont été prononcées récemment, parmi lesquelles celles du numéro deux des laboratoires Servier, de leur ancien pharmacien, ou encore de deux anciens salariés de l'Agence française de sécurité du médicament et des produits de santé (Afssaps, depuis devenue l'ANSM, Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé). Le parquet de Paris a par ailleurs communiqué les premiers éléments d'une nouvelle expertise, sur laquelle les parties peuvent faire valoir des observations jusqu'à la mi-juin. La défense et que certaines parties civiles aimeraient la voir versée à la procédure de Nanterre une fois finalisée. Mais les initiateurs des citations directes n'en démordent pas et estiment qu'il y a urgence, notamment du fait de l'âge du principal prévenu, 91 ans. Pour Brami Orly par exemple, Jacques Servier est « un assassin ». Après avoir pris le Mediator pendant 8 ans, elle témoigne sur RMC : « Après 2005, j’ai commencé à avoir des problèmes de santé, je n’arrivais pas à respirer, j’étais trop fatiguée, j’avais des vertiges. En 2007, j’ai passé trois semaines à l’hôpital, je me suis fait opérer. Ils m’ont changé deux valves pour me tenir le cœur en vie. Je ne peux pas travailler, je suis condamnée, si je me baisse ou je fais un effort, je suis trop fatiguée. Je prends des cachets tous les jours jusqu’à la fin de ma vie ».

Une procédure « vindicative »

« On est là pour que cette affaire se juge », dit Me François Honnorat. « Notre procédure, elle est vindicative. Ce que souhaitent nos clients, c'est que Jacques Servier ne meure pas innocent et qu'il soit mis fin au trouble à l'ordre public qui se poursuit actuellement », ajoute-t-il. Le tribunal pourra se prononcer mardi sur les différentes questions de procédure soulevées, ou joindre sa décision au fond. « Ce que je crains, c'est que les magistrats se sentent dans l'obligation de juger », dit Jean-Christophe Coubris. Me François Honnorat redoute au contraire que le procès « ne se tienne pas ». Le Mediator, qui a été retiré du marché en 2010, après plus de vingt ans de commercialisation, provoquait des valvulopathies et de l'hypertension artérielle pulmonaire, selon plusieurs études. Les laboratoires Servier, qui ont commercialisé le Mediator, sont soupçonnés d'avoir dissimulé la vraie nature du médicament, un coupe-faim présenté comme antidiabétique.
Ce médicament pourrait être responsable de 220 à 300 décès à court terme et 1 300 à 1 800 à long terme, selon la plus récente expertise. Jacques Servier, les laboratoires du même nom, la société Biopharma et quatre anciens responsables du groupe doivent être jugés à Nanterre pour "tromperie aggravée". Outre le volet tromperie, une information judiciaire a été ouverte à Paris pour homicides involontaires et blessures involontaires. Jacques Servier et six entités juridiques de son groupe ont été mis en examen de ces chefs en décembre dernier.

La rédaction avec Reuters