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Le père de Mila dénonce l'"hypocrisie" des institutions après une mise à l'écart de son nouveau lycée

Mila (Photo d'illustration).

Mila (Photo d'illustration). - BFMTV

Le père de Mila, l'adolescente victime de menaces en janvier après la diffusion d'une vidéo polémique sur l'islam, a fustigé l'"hypocrisie" des institutions après la mise à l'écart temporaire de sa fille de l'internat militaire où elle est rescolarisée.

Mila, l'adolescente de 17 ans qui avait été menacée de mort après ses propos sur l'islam en janvier dernier, a été mise à l'écart du lycée militaire où elle était scolarisée, a-t-on appris ce jeudi, confirmant une information du Point.

Ce jeudi matin, le père de Mila a ainsi adressé un courrier intitulé "Lettre à ces lâches" au proviseur du lycée militaire, dans laquelle il dénonce "l'exclusion de sa fille", au motif selon lui que la jeune fille aurait donné par mégarde le nom de l'établissement scolaire dans un live sur Instagram auquel assistaient une vingtaine de personnes. La vidéo n'est pas restée en ligne ensuite mais la direction du lycée l'a appris et a décidé de "l'exclure", a confirmé à BFMTV une source de son entourage.

Une mise à l'écart temporaire, pour le ministère

Dans un communiqué, le ministère des Armées, dont dépend l'établissement, assure de son côté que "Mila n'a(vait) pas été exclue" et qu'il a été proposé à ses parents qu'elle "poursuive, pour un temps, son enseignement à distance dans un lieu sûr, le temps d'un apaisement de la situation sécuritaire".

"Elle reste une élève de l'établissement", mais en raison "d'un certain nombre d'informations dévoilées, (...) sur les réseaux sociaux et dans la presse, (...) son maintien au sein de l'établissement lui fait courir un risque que l'on ne peut pas accepter, ni pour elle, ni pour les 750 élèves de l'école", juge le ministère.

Pour le père de Mila, l'armée s'est "débarrassée" de sa fille

Mais le père de l'adolescente, lui, estime que l'armée s'est "débarrassée" de sa fille "au premier prétexte trouvé" et accuse l'internat militaire où elle a été accueillie de lui avoir imposé "une conduite impossible à tenir".

"L’ancien Colonel en responsabilité nous avait expliqué que la présence de Mila sur le site représentait un risque pour les autres élèves, et sachant que sa présence ne resterait pas longtemps secrète, il souhaitait que Mila ne communique plus sur les réseaux sociaux", déplore l'homme dans cette lettre que BFMTV a pu consulter.

Et de poursuivre: "Voilà qu’une victime de menaces de mort se voit exclue de son lycée (...) par des militaires qui ne veulent plus assumer le risque de l’accueillir et de la protéger. Ce constat est pour nous un film d’horreur". "Pour elle, la scolarité c'est fini", martèle-t-il, dénonçant le manque "de courage" des institutions, "armée comprise".

"Il a été décidé qu'elle avait été imprudente"

"En réalité, Mila s'est adressée à un garçon [...] en lui demandant s'il était toujours dans ce lycée, sans même mentionner qu'elle y était elle-même scolarisée. Sur ce fondement-là, il a été décidé qu'elle avait été imprudente et qu'elle devait être exclue", a indiqué à l'AFP Richard Malka, son avocat.

À la mi-novembre, Me Richard Malka avait déclaré en marge du procès des attentats de janvier 2015 que Mila "vivait désormais bunkérisée comme les gens de Charlie Hebdo".

En janvier 2020, Mila avait publié une vidéo devenue virale dans laquelle elle proférait de virulentes critiques sur l'islam, déclenchant un déferlement de menaces - qui l'ont contrainte à quitter son lycée - mais aussi de soutiens.

Deux personnes ont été condamnées à des peines de prison pour des menaces de mort envers elle, dont une à Malte où elle était en séjour linguistique. D'autres sont mises en examen dans l'enquête sur les menaces de mort de janvier et la diffusion des coordonnées de Mila.

Alexandra Gonzalez, Mélanie Vecchio et Jeanne Bulant