BFMTV

Lafarge en Syrie: d'anciens salariés réclament que Laurent Fabius soit entendu par la justice

Le président du Conseil constitutionnel et ancien ministre Laurent Fabius, le 10 février 2016. (Photo d'illustration)

Le président du Conseil constitutionnel et ancien ministre Laurent Fabius, le 10 février 2016. (Photo d'illustration) - Stéphane de Sakutin - AFP

Le cimentier est accusé d'avoir versé de l'argent à des organisations terroristes dont Daesh afin de maintenir son activité en Syrie de 2012 à 2014. Ce qui soulève des questions sur le rôle du Quai d'Orsay à l'époque, qui était dirigé par Laurent Fabius.

Depuis juin 2017, trois juges enquêtent sur des soupçons de financement du terrorisme et une possible mise en danger de la vie d'autrui des salariés de la filiale syrienne du cimentier Lafarge, soupçonnée d'avoir versé de l'argent à des organisation terroristes dont Daesh. Les faits courent sur la période de 2012 à 2014. Lafarge, qui a fusionné avec le suisse Holcim en 2015, a fait continuer sa cimenterie de Jalabiya, dans le nord de la Syrie, malgré le conflit. Daesh s'est finalement emparé du site en 2014.

L'ONG Sherpa, qui défend d'anciens salariés, a demandé l'audition par la justice de l'ancien ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, comme le rapporte Franceinfo ce vendredi. La "demande d'acte" correspondante a été transmise cette semaine aux juges d'instruction du tribunal de Paris. Mercredi, l'association anticorruption a également demandé que deux anciens ambassadeurs de France en Syrie, Eric Chevallier et Franck Gellet, soient entendus par les juges d'instruction. Au total, onze anciens salariés ont saisi la justice.

"Le Quai d'Orsay nous poussait à rester"

Plusieurs dirigeants de l'entreprise ont affirmé que le Quai d'Orsay était au courant de ses activités sur place, certains laissant entendre que la diplomatie française aurait poussé Lafarge à rester dans le pays en guerre.

"Tous les six mois, on allait voir le Quai d’Orsay qui nous poussait à rester. (…) Le Quai d’Orsay dit qu’il faut tenir, que ça va se régler", déclare Christian Herrault, le directeur général adjoint de Lafarge de l’époque, cité par Franceinfo

Une source diplomatique indique au contraire à nos confrères que le ministère des Affaires étrangères aurait "alerté le groupe sur les risques encourus à rester en Syrie". 

Entendus par les enquêteurs des douanes judiciaires chargés de l'enquête, d'anciens responsables du cimentier ont affirmé que cette volonté de rester coûte que coûte dans le pays en guerre avait reçu l'aval des autorités françaises. Le rapport des douanes est accablant pour les anciens responsables: les enquêteurs estiment qu'ils ont "validé" des remises de fonds à des organisations jihadistes, "en produisant de fausses pièces comptables".

Une plainte déposée avec onze salariés

Quatre anciens employés syriens ont été entendus jusqu'ici par les magistrats instructeurs. Jeudi, l'un d'entre eux a confirmé devant le juge "les pressions qu'il avait subies avec ses collègues pour les obliger à continuer à travailler", d'après la source proche du dossier.

"Nous avons déposé plainte avec onze salariés syriens. Mais il est pour l'instant difficile de faire venir les autres pour des questions financières et de visas", a déploré Marie-Laure Guislain, responsable du contentieux au sein de l'ONG.

Charlie Vandekerkhove avec AFP