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La justice annule deux condamnations pour meurtre

Abderrahim El-Jabri (photo d'archives).

Abderrahim El-Jabri (photo d'archives). - -

La Cour de révision a annulé ce mercredi les condamnations pour meurtres de deux hommes, accusés à tort du meurtre d'un dealer en 1997, dans l'Hérault. Abdelkader Azzimani et Abderrahim El-Jabri ont passé 11 et 13 ans derrière les barreaux.

C’est une décision de justice particulièrement rare. Deux hommes condamnés pour meurtre à 20 ans de réclusion, Abdelkader Azzimani et Abderrahim el-Jabri, ont obtenu mercredi de la Cour de révision l'annulation de ce verdict prononcé en 2003, en raison des aveux de deux autres suspects. Depuis 1945, la procédure de révision n'a abouti qu'à huit acquittements, le dernier en date étant celui de Marc Machin, blanchi en décembre pour un meurtre qu'il n'avait pas commis.
Abdelkader Azzimani et Abderrahim el-Jabri, 47 et 46 ans, en liberté conditionnelle depuis 2009 pour l'un, 2011 pour le second, avaient été condamnés à vingt ans de réclusion pour le meurtre, en 1997 à Lunel, dans l’Hérault, d'Abdelaziz Jhilal, 22 ans, petit dealer de cannabis, tué de 108 coups de couteau.

Une série de « miracles »

Très vite, un témoignage mettra en cause Abdelkader Azzimani et Abderrahim El-Jabri, eux aussi trafiquants de stupéfiants. Le dossier, vide de preuves matérielles, n’est basé que sur ce témoignage qui dit avoir vu les deux hommes sur les lieux du crime dans la journée. Après leur condamnation, l’affaire est close… jusqu’en 2008, où le seul témoin revient sur ces déclarations, permettant une réouverture du dossier. Surtout, en 2010, des policiers prélèvent presque par hasard les empreintes d’un manutentionnaire. Surprise, elles correspondent à celles retrouvées sur les lieux du crime en 1997. Le nouveau suspect avouera rapidement être l’auteur du meurtre et un autre suspect sera appréhendé, disculpant ainsi Abdelkader Azzimani et Abderrahim El-Jabri. Une série de « miracles », selon leurs avocats.

« J'ai tout perdu. Pour se reconstruire c'est fini »

Après 13 ans derrière les barreaux, c’est un énorme soulagement pour Abderrahim El-Jabri. « Enfin on est écoutés, souffle-t-il sur RMC. Ce n'est pas normal qu'on ne nous ait pas écoutés, que des éléments nous disculpant n'ont pas été pris en compte ». Mais il n’est pas près d’oublier toutes ces années passées en prison : « J'ai tout perdu. Pour se reconstruire c'est fini. J'arrivais à une trentaine d'années, au moment où je me projetais dans mon mariage. Tout était réglé. Et à la fin, pas de mariage, pas d'enfants, pas de travail... rien de tout ça. Forcément on est brisé. Moi j'ai loupé toutes les naissances de mes neveux et nièces, les décès, les joies et les malheurs. Maintenant on me parle d'indemnités. Beaucoup de gens autour de moi ont l'esprit vénal et me disent "ce n'est pas grave tu vas toucher de l'argent, tu vas te reconstruire". Non, on ne se reconstruit pas avec ça. Les années, elles sont parties ». Abderrahim el-Jabri et Abdelkader Azzimani seront bientôt rejugés par une cour d'assises dont ils attentent un acquittement définitif.

Philippe Gril avec Lionel Top et AFP