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L’instant où - L'otage du dernier condamné à mort s'est échappée

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L'instant où - L'otage du dernier condamné à mort s'est échappée - BFMTV

Houria, avait 15 ans en 1975 à Marseille quand elle a été enlevée, séquestrée, torturée et violée par celui qui est devenu, deux ans plus tard, le dernier guillotiné en France : Hamida Djandoubi.

L’histoire d’Houria est peu connue du grand public. Elle a pourtant été relayée dans les journaux en 1977 notamment parce que son bourreau, Hamida Djandoubi, ouvrier agricole de 28 ans, fut le dernier homme guillotiné en France. Il a été condamné à mort pour le meurtre d'une femme, Élisabeth Bousquet, pour l'enlèvement, la séquestration, le viol, les tortures qu'il a fait subir à Houria et aussi pour la prostitution de deux mineures.

Au fil des années, l’histoire a été oubliée. Houria elle-même a voulu l'oublier. C’est la première fois qu'elle confie son récit à Dominique Rizet et Fabien Randrianarisoa pour notre podcast "L’instant où".

15 ans, sans famille

Retour sur son histoire. Enfant, Houria est rapidement placée en foyer. À 15 ans, elle étouffe dans cet environnement brutal.

"J'en avais marre, donc j'ai fugué. C’était en 1974", se souvient-elle.

Elle se rend chez ses parents. Pendant des heures et des heures, elle attend devant la porte, jusqu’à ce qu’une voisine lui explique que ses parents sont repartis en Algérie. Sans argent, elle part réfléchir sur la Canebière.

"Je sais pas quoi faire, je me demande si je dois aller à la police. Je n'ai pas d'argent. Et c'est là que je vois arriver deux filles. Elles me demandent d’où je viens. Et puis, je parle de ce qu'il m'arrive. Je leur dis que j'ai fugué de mon foyer, qu’il n’y a personne chez moi. Elles se regardent toutes les deux. "

Puis les deux jeunes filles lui proposent: "Si tu veux, tu peux venir chez nous. Tu pourras manger quelque chose et après, tu verras ce que tu fais". Houria accepte: "Là, il est arrivé. Soi-disant leur cousin. Hamida Djandoubi."

"Je suis jeune et je ne pense pas qu'il peut m'arriver quelque chose ou quoi que ce soit. Donc, je monte dans la voiture et nous sommes allés dans cet appartement".

Arrivé à l’appartement, Hamida Djandoubi lui fait alors une soupe. "La soupe est vraiment très épicée. J'ai du mal à avaler une cuillère. Je n'en peux plus. Je lui dis: ‘je ne peux pas manger la soupe, elle est trop piquante. Je ne peux pas, ça me brûle‘. Là, il me dit de finir l’assiette". Houria proteste encore, en vain.

"Quand je vois alors son air menaçant, cela fait tilt dans ma tête. Je suis abasourdie. Qu'est-ce qui m'arrive? Qu'est-ce qui se passe? Je ne comprends rien. Cela commence comme ça."

1 mois de viols et tortures

Houria raconte ensuite que c’est au bout de trois jours que vont commencer les viols, la torture notamment avec des fils électriques, les coups, les brûlures, sous les yeux des deux autres jeunes filles. Son calvaire va durer près d’un mois. Personne ne la cherche, personne ne l’attend.

Mais, au bout de trois semaines, Hamida Djandoubi s’absente. Houria décide de s’échapper.

Dans la rue, "je marche, mais très vite, très vite, très vite", confie-t-elle. "Je n'arrivais pas à courir. Il m’avait cassé l’orteil, j’avais du mal à marcher. Je me rappelle alors qu'il y avait un commissariat au Prado. Donc, je vais directement là-bas et j’ai dit 'je veux voir un commissaire'".

Son bourreau est interpellé.

4 jours en prison

Pour autant, ce n’est pas la fin du cauchemar pour Houria. Ne sachant que faire de l’adolescente, les policiers décident de la placer dans une cellule de garde à vue.

"J’ai quand même passé quatre jours en prison", se souvient-elle. "Quand je suis sortie de prison, on m'a trouvé un foyer de jeunes filles. Toutes les filles étaient au courant. C'était dans le journal… Et, ce que mes enfants ne savent pas, c’est que je suis tombée enceinte et que j'ai dû avorter", raconte-elle.

Elle a 17 ans quand s’ouvre le procès d’Hamida Djandoubi en 1977. En cour d'assises, l’ouvrier agricole de 28 ans est condamné à mort.

À cette époque, la justice la laisse repartir dans sa vie, sans rien d'autre, sans lui proposer une indemnisation, sans suivi psychologique.

Elle va ensuite connaître un garçon qui va devenir le père de ses enfants. Cet homme est toxicomane. Il ne va pas lui mener la vie facile pendant dix ans. Quand il meurt, elle a 32 ans. Ses enfants ne savent rien de son passé. Elle recommence une nouvelle vie.

Le raconter à ses enfants

Mais un jour, sa sœur le raconte à sa fille qui à son tour va le dire à la fille de Houria. Cette dernière gardera le silence jusqu'à l'âge de 20 ans, quand elle interrogera sa mère.

"Mes cheveux se sont redressés sur la tête. On aurait dit que le ciel m'était tombé sur la tête. J'ai dit 'oui, c'est vrai'", raconte Houria.

"Comment je l'ai dit ensuite à mon fils? Je lui ai marqué sur un papier. À l’époque j’avais des crises d’anxiété, je n’arrivais pas à en parler. Alors j’ai écrit sur un papier: Hamida Djandoubi. Je lui ai dit ‘tiens, regarde sur Internet et tu verras ce que ta mère a subi'." Son fils n’en a jamais reparlé.

"Mais il a regardé sur Internet. Il n’a rien dit, mais je le sais", confie Houria.

> Retrouvez le podcast de Dominique Rizet et Fabien Randrianarisoa

Hélène Favier avec Dominique Rizet et Fabien Randrianarisoa