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"Justice pour Dinah": une marche blanche organisée en hommage à l'adolescente victime de harcèlement

Une marche blanche à la mémoire de Dinah, adolescente de 14 ans qui s'est suicidée, victime de harcèlement scolaire selon sa famille, a réuni plus d'un millier de participants ce dimanche. Sa mère s'est confiée à cette occasion.

"Elle aurait été heureuse de voir tout ce monde." C'est par ces mots que la mère de Dinah a salué le millier de personnes présentes ce dimanche après-midi à Mulhouse pour une marche blanche en l'honneur de l'adolescente. Âgée de 14 ans, la jeune fille a été retrouvée pendue dans sa chambre à Kingersheim, dans le Haut-Rhin, dans la nuit du 4 au 5 octobre. Selon sa famille, elle avait été harcelée par des élèves de son collège. Un calvaire qui aurait duré plus de deux ans d'après sa mère, qui a pris la parole en tête de cortège:

"Il faut que le harcèlement cesse, ma fille a été harcelée pendant deux ans, pendant deux ans on a fait des pieds et des mains pour que ça s'arrête, mais elles l'ont poursuivies jusqu'à la maison et jusqu'aux réseaux sociaux", a témoigné Samira Gonthier avec émotion.

Toujours au micro, la mère de Dinah a regretté le manque de suivi du corps enseignant, alors même que ce harcèlement était connu depuis 2019. Des "banalités entre copines" pour les professeurs selon ses dires, quand en même temps, sa fille recevait des messages comme "ne t'inquiète pas, tu vas bientôt mourir". Arrivée devant le lycée Lambert que fréquentait l'adolescente, la foule a scandé "Dinah, Dinah, Dinah..." sous les applaudissements, avant de se disperser.

"En classe, on la bousculait"

Samira Gonthier avait également expliqué à BFMTV qu'à l'origine, sa fille avait tendance à corriger les fautes d'orthographe de ses camarades, ce qui ne leur plaisait pas. Mais que cette colère contre la jeune fille avait par la suite été motivée par l'orientation sexuelle de Dinah:

"Elle leur a parlé du mouvement LGBT, qu'elle suivait. À partir de ce moment, elles n'étaient pas d'accord avec ce qu'elle défendait, et elles ont commencé à lui envoyer des messages, la bousculer, la critiquer les unes après les autres, ou toutes ensembles", détaille-t-elle. "En classe on la bousculait, elle pouvait passer une heure à être secouée, on aussi pris son carnet de correspondance pour dessiner des obscénités dessus."

Face à ce harcèlement constant, en classe et sur Internet, Dinah avait tenté une première fois de mettre fin à ses jours en mars 2021.

Une enquête en cours

Elle avait survécu à son geste de désespoir et était même parvenue à maintenir le cap au niveau scolaire jusqu'à décrocher son brevet avec la mention très bien, à l'été 2021. Dinah "était une personne intelligente, elle aimait la vie, elle voulait être présidente de la République, elle voulait faire du droit, elle voulait faire tellement de choses", a poursuivi sa mère ce dimanche durant la marche blanche.

Après la mort de Dinah, le parquet de Mulhouse a ouvert une enquête pour "recherche des causes de la mort". "Dans l'immédiat", le harcèlement est "une hypothèse", avait déclaré vendredi la procureure de la République de Mulhouse Edwige Roux-Morizot.

Mais pour la famille et les proches de la victime, le lien entre le harcèlement et le suicide ne fait pas le moindre doute. Dans le cortège ce dimanche, on pouvait voir des banderoles "Stop harcèlement" ou "justice pour Dinah".

"Je vous en supplie, ceux qui ont des enfants, parlez-leur, dites-leur de ne pas harceler, dites-leur que c'est grave, et pour les autres, dites-leur de se défendre", a finalement imploré sa mère face à la foule.
Louis Augry avec AFP