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Jérôme Kerviel accuse la Société générale de complot contre lui

L'ancien trader de la Société générale Jérôme Kerviel (à droite, avec son avocat David Koubbi), a accusé mercredi la banque de l'avoir laissé prendre des positions illégales et réaliser des pertes astronomiques afin de mieux dissimuler celles provoquées p

L'ancien trader de la Société générale Jérôme Kerviel (à droite, avec son avocat David Koubbi), a accusé mercredi la banque de l'avoir laissé prendre des positions illégales et réaliser des pertes astronomiques afin de mieux dissimuler celles provoquées p - -

par Thierry Lévêque PARIS (Reuters) - L'ancien trader de la Société générale Jérôme Kerviel a accusé mercredi la banque de l'avoir laissé prendre...

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - L'ancien trader de la Société générale Jérôme Kerviel a accusé mercredi la banque de l'avoir laissé prendre des positions illégales et réaliser des pertes astronomiques afin de mieux dissimuler celles provoquées par les "subprimes".

Cette "théorie du complot" présentée au deuxième jour de son procès en appel a suscité le scepticisme de la présidente de la cour qui a exprimé publiquement, à l'audience, ses doutes.

Dans ce procès qui se déroule dans le contexte d'une mise en cause des pratiques du monde financier, l'accusation est toujours sur l'idée que Jérôme Kerviel a agi seul, pour un mobile encore flou mais qui pourrait être la simple cupidité car il briguait un important bonus pour 2007.

Jérôme Kerviel a pris, en les cachant par de faux engagements censés couvrir le risque, des positions de 30 milliards d'euros en 2007 puis de 50 milliards en 2008. Découvertes selon la banque début 2008, et dénouées en pleine crise des "subprimes", elles ont abouti à une perte historique pour la finance de 4,9 milliards d'euros.

Le jeune homme ne nie pas avoir pris ces risques, mais il pense aujourd'hui avoir été victime d'une machination. "J'étais un peu comme un hamster dans une roue, mes chefs pilotaient et moi je pédalais de plus en plus vite", a-t-il dit.

La présidente de la cour Mireille Filippini a souligné que si on suivait le scénario d'une perte volontairement provoquée pour en cacher une autre, la Société générale avait donc prévu dès 2007 qu'il prendrait l'année suivante 50 milliards d'euros de positions illégales en prévision d'une difficulté qui n'est apparue qu'en 2008.

C'est absurde pour les avocats de la SocGen, qui ont aussi ironisé sur cette nouvelle ligne de défense. "Vous êtes en train d'écrire le scénario de votre futur film", a dit François Martineau.

LE PROBLÈME DES CONTRÔLES

La présidente a ramené Jérôme Kerviel à ses actes.

"C'est quand même vous et pas la Société générale qui avez pris, entre le 3 et le 18 janvier 2008, une position non autorisée de 50 milliards d'euros", a-t-elle dit.

Le trader a expliqué qu'il s'y sentait autorisé. A ses yeux, la légèreté des contrôles et la facilité avec laquelle il déjouait les questions qu'on lui posait sur son travail ne peuvent s'expliquer que par le fait qu'on l'approuvait secrètement dans un but occulte.

La représentante de la Société générale Claire Dumas a encore une fois expliqué que la banque n'avait rien vu des agissements de son trader et que la meilleure preuve en était que ses positions illégales avaient été à un moment en 2007 en perte de deux milliards d'euros, sans que personne ne réagisse.

Fin 2007, elles étaient certes créditrices de 1,4 milliard d'euros mais c'était peu, rapporté à la taille de la position qui était de 30 milliards, a-t-elle souligné. "C'est beaucoup moins rentable que les caisses d'épargne".

Le problème était que Jérôme Kerviel masquait ses positions par d'autres positions, fictives celles-là, censées réduire au minimum le risque.

Les services de contrôle, a-t-elle dit, ne pouvaient donc voir sur leurs écrans aucune anomalie, d'autant que Jérôme Kerviel mettait beaucoup "d'ingéniosité" et de disponibilité à répondre à leurs questions, une attitude exceptionnelle chez les traders.

Le jeune homme proposait même aux contrôleuses de boire du champagne, a-t-elle rapporté. La cour a passé rapidement sur le fait que 30 employés du contrôle de la banque n'avaient pu voir qu'un seul homme avait mis sur le "tapis" des marchés 50 milliards d'euros, plus que les fonds propres de la banque, et qu'il passait des centaines d'ordres par jour.

Ses stratagèmes, a cependant souligné Mireille Filippini, étaient plutôt rudimentaires, puisqu'en regard des vrais ordres il en plaçait d'autres en attente censés couvrir les risques mais jamais matérialisés. Ils apparaissaient donc sur les écrans avec la formule "pending" (en attente), ce qui semble n'avoir étonné personne.

Le dossier a montré que la Société générale, sanctionnée ensuite de quatre millions d'euros d'amende pour ces failles, avait ignoré des dizaines d'alertes extérieures sur ce comportement de son trader.

Edité par Yves Clarisse