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"Je savais que c'était des actes interdits": au premier jour de son procès, l'ex-père Preynat s'explique

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Suspendu lundi à la demande d'avocats en grève, le procès de l'ex-prêtre Bernard Preynat a débuté mardi à Lyon plus de 30 ans après les faits.

"L'audience reprend", a annoncé vers 9h40 la présidente Anne-Sophie Martinet face à une salle comble, avec pour fond sonore un rassemblement d'avocats qui manifestaient comme lundi contre la réforme des retraites dans la salle des pas perdus.

Après un report d'une journée, le procès de l'ex-prêtre Bernard Preynat, dont les agissements pédophiles passés sous silence par l'Église ont déclenché l'affaire Barbarin, a débuté mardi à Lyon. 

"Je ne pensais pas aux conséquences"

Bernard Preynat, qui reconnaît la plupart des faits, est poursuivi pour des agressions pédophiles commises voici plusieurs décennies, entre 1971 et 1991, alors qu'il officiait comme vicaire-aumônier scout à Sainte-Foy-Les-Lyon (Rhône).

Dans cette journée consacrée à l'évocation des faits, avant l'audition des victimes et l'interrogatoire au fond du prévenu, Bernard Preynat a commencé par prendre la parole avant les témoignages de deux victimes ce mardi matin.

"A l'époque, je ne me rendais pas compte de la gravité de mes actes. Je savais que c'était des actes interdits, condamnables, mais je ne pensais pas aux conséquences qu'ils pouvaient avoir sur les victimes", a-t-il précisé.

Dix victimes au procès

Devant le tribunal, Bernard Preynat a expliqué avoir pris conscience de la gravité de faits après 1991, quand il a quitté la paroisse.

"Il m'a fallu plusieurs années pour comprendre toutes les répercussions que cela a pu avoir sur les familles, et les enfants. Pour moi, c'était des gestes de tendresse qui m'apportaient du plaisir", a ajouté l'ancien prêtre, qui dit avoir agi sans violence.

Dix victimes, mineures au moment des faits, se sont constituées partie civile, en plus d'une poignée d'associations. Les plaignants, des scouts âgés de 7 à 15 ans à l'époque, reprochent essentiellement à l'ex-curé des attouchements, baisers sur la bouche et caresses réciproques contraintes, notamment sur le sexe. 

"Une thérapie"

Première victime à témoigner, François Devaux, président de l'association la Parole Libérée, raconte avoir prévenu ses parents à l'âge de dix ans.

"Quand je dis que le père Preynat m'a embrassé sur la bouche à mes frères et mes parents, je sens le désarroi dans le regard de mes parents. Et mes parents me disent que je ne pourrais plus aller aux scouts", explique-t-il, avant de revenir sur le mal-être ressenti pendant toute son adolescence et ses tentatives de suicide.

"Le moment que je vis là, c'est le moment le plus dur de cette affaire depuis 2015. Ce qu'on fait là, pour moi c'est une thérapie familiale", a-t-il ajouté.

"Je suis assommé par tout ce qu'il vient de dire. Je mesure la responsabilité énorme des actes que j'ai commis sur lui. Je regrette énormément bien sûr", a réagi l'ex-père Preynat, qui reconnait des baisers "sur les yeux et les sourcils" et des caresses sur les cuisses mais pas sur le sexe.

Les témoignages des victimes doivent continuer tout au long de la journée. 

Gwenaël Windrestin, avec Benjamin Rieth et AFP