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Jawad Bendaoud: les chiffres qui en font un procès hors normes

Plus de 60 journalistes sont accrédités pour ce procès.

Plus de 60 journalistes sont accrédités pour ce procès. - AFP

A partir de mercredi, Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen comparaissent devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Les deux premiers, soupçonnés d’avoir aidé des membres des commandos des attaques de Paris et Saint-Denis à trouver un logement, sont jugés pour "recel de terroriste", le troisième pour "non-dénonciation de crime terroriste". Un procès attendu par les victimes du 13-Novembre.

Depuis des mois, le tribunal de grande instance de Paris se préparer à accueillir l’un des procès les plus attendus de cette année. Ce mercredi, Jawad Bendaoud, surnommé "le logeur" des terroristes du 13-Novembre, comparaît devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour avoir fourni un toit, après les attentats, à Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, deux jihadistes qui ont participé aux attaques de Paris et de Saint-Denis. A ses côtés dans le box des prévenus, Mohamed Soumah, qui aurait mis en contact Bendaoud avec Hasna Aït Boulahcen, la cousine d’Abaaoud et Youssef Aït Boulahcen, le frère de cette dernière.

Procédure disjointe du dossier principal d’enquête sur les attentats du 13-Novembre, le procès qui durera jusqu’au 15 février, est déjà inédit en terme de durée. "Si nous n’étions pas dans un dossier en rapport avec les attaques de Paris et de Saint-Denis, l’audience durerait tout au plus une demi-journée", reconnait une source judiciaire. Deux ou trois jours, sur les trois semaines de procès, devraient être nécessaires pour étudier le fond de ce dossier qui vise notamment à savoir si les trois prévenus savaient s’ils venaient en aide à des terroristes et pourquoi ils ont accepté.

Les deux semaines restantes devraient être consacrées aux plaidoiries des avocats des parties civiles.

500 victimes, une centaine d’avocats

500 victimes des attentats du 13-Novembre, qu’elles se trouvaient au Stade de France, sur les terrasses des cafés ou au Bataclan, se sont constituées parties civiles, c’est-à-dire qu’elles entendent obtenir réparation lors de ce procès pénal. "Les victimes attendent tout car c’est leur histoire, c’est leur souffrance, c’est leur douleur, c’est leur traumatisme", défend Me Méhana Mouhou, l'avocat, notamment d'une quarantaine d'habitants de la rue de la République à Saint-Denis. "Les victimes considèrent que tout ce qui est autour du 13-Novembre les implique directement et donc que ça fait partie d’une démarche complète", détaille Me Gérard Chemla, qui défend les intérêts d’une centaine de clients. Parmi eux, seuls cinq ont décidé de se constituer parties civiles alors qu’aucune aide juridictionnelle pour les honoraires sera versée.

Me Chemla s’est associé à d’autres avocats, du barreau de Paris, Lille ou encore Nice, pour préparer ce procès. Car qui dit 500 parties civiles dit une centaine de robes noires qui pourraient s’asseoir sur les bancs de la salle de 16e chambre correctionnelle de Paris. En ce début de semaines, ce sont 80 avocats qui se sont manifestés. D’autres pourraient encore se présenter mercredi, premier jour du procès. Pour éviter que tous ne plaident, répètent les mêmes arguments ou les questions aux prévenus, une quarantaine a déjà constitué un groupe de travail. Depuis des semaines, ils notent les questions à soulever ou les thèmes à plaider pour se répartir les interventions pendant le procès.

Trois salles réquisitionnées

Attendu par les victimes des attentats de Paris et de Saint-Denis, c’est aussi toute une partie de l’opinion publique qui souhaite assister à ce procès qui se tiendra sous haute surveillance. Le 18 novembre 2015, cinq jours après les attentats qui ont fait 130 victimes, Jawad Bendaoud, cheveux gominés et sacoche en bandoulière, se présentait devant une caméra de BFMTV expliquant que l’appartement visé par l’intervention du Raid lui appartient et qu’il a voulu "rendre service". Rapidement repéré par les policiers, le jeune homme de 29 ans est placé en garde à vue puis mis en examen. Depuis, ses nombreuses sorties ou ses coups de gueule lors des audiences ont entretenu une certaine fascination pour celui qui a été surnommé "Century 21" ou "Stéphane Plaza" du nom de l’animateur-vedette de M6.

Par sa personnalité, son air ahuri et ses excès de violence, Jawad Bendaoud intrigue. "Il n’y a pas que Jawad Bendaoud, ils sont trois mis en cause dans ce dossier, rappelle Me Astrid Ronzel, qui défend deux victimes. Nous ne sommes pas axés sur son attitude, l’important c’est d’avoir des débats qui soient sereins avec l’ensemble des mis en cause." Pourtant, ce mercredi, ce sera bien lui qui sera attendu – alors qu’il a refusé d’être extrait de sa cellule le 22 décembre dernier date d’une audience de préparation du procès - par une soixantaine de journalistes accrédités qui s’empresseront d’occuper l’une des dix places réservées à la presse.

Face à cette foule attendue, la présidence du tribunal de grande instance de Paris a réquisitionné, outre la salle d’audience de la 16e chambre correctionnelle de Paris, deux autres salles pour caser parties civiles, journalistes et public. Ainsi, une retransmission sur des écrans du procès sera réalisée depuis la salle des Criées et depuis la salle des pas perdus qui comptera environ 150 places.

Justine Chevalier