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Ivres à vélo, ils sont placés en garde à vue !

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Garde à vue et interrogatoire musclé pour 10 cyclistes bordelais qui conduisaient leur vélo en état d'ébriété. Encore « très étonnée », Marie, l'une d'eux, raconte.

Dix cyclistes ont été placés en garde à vue dans la nuit du jeudi 19 au vendredi 20 mars à Bordeaux après avoir été contrôlés positifs à l'éthylotest. Marie, l'une de ces cyclistes, sortait d'un colloque professionnel ce soir-là : « Sachant que j'allais boire quelques verres, j'ai pris ma bicyclette. J'ai bu 5 verres de vin. Je tiens à dire que je ne conteste absolument pas le fait qu'il est dangereux de conduire en état d'ébriété, même à vélo. Mais ma question c'est celle du sens : je suis vraiment étonnée qu'on puisse mettre 10 cyclistes en garde-à-vue pour ça. »

« Un collègue a pu rentrer à pied. Moi pas »

Un contrôle de police lambda, mais une patrouille visiblement stricte : « Ils m'ont demandé mes papiers, explique Marie. Je leur ai tout de suite dit "écoutez, je reconnais, je sors d'une soirée..." Ils m'ont demandé si j'avais bu, j'ai dit "oui, tout à fait". J'ai attaché ma bicyclette à un poteau et je leur ai demandé de me laisser rentrer à pieds - ce qui a été possible pour un de mes collègues qui est tombé sur une autre patrouille - moi ils m'ont mis dans la voiture, direction le commissariat. »

« Au commissariat, je pensais que c'était une blague »

Procédure oblige, Marie est déshabillée, interrogée et placée en cellule de dégrisement, de 3h du matin à 10h30 : « J'aurais compris que le policier me dise "madame, vous avez bu, vous avez une amende", qu'il me fasse la morale. Même dans les locaux de la police, je me disais que c'était une blague, qu'ils allaient nous laisser rentrer chez nous ; je n'y ai absolument pas cru. »

Tout ça « pour faire du chiffre » ?

Quand l'équipe de nuit de policiers a laissé place à ses collègues du jour, Marie en a appris plus : « Le lendemain matin, les policiers qui venaient de prendre leur poste, ont eu l'air étonnés de voir 10 cyclistes en garde à vue pour ça. Ils m'ont dit que c'étaient des directives qui venaient d'en haut ; et apparemment il y avait des ordres pour faire du chiffre. Et à notre sortie, ils m'ont même dit de prévenir la presse. »
Côté police bordelaise, on justifie l'opération qui depuis début mars a fait dresser plus d'un millier de PV, par une « sur-représentation des deux-roues dans les accidents de la route ». Ce à quoi les associations de défense des cyclistes répondent en déplorant l'amalgame entre cyclistes et deux-roues motorisés, et en soulignant que les cyclistes sont beaucoup moins concernés par les accidents. Et Michel Duchène, adjoint au maire de Bordeaux, appelle à un meilleur « discernement » dans les sanctions infligées aux cyclistes, craignant que des « sanctions lourdes et très fréquentes » découragent ceux-ci de leur pratique.

La rédaction-Bourdin & Co