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Isère: une victime fait appel du non-lieu prononcé contre un instituteur pédophile qui s'est suicidé

L'instituteur enseignant à Villefontaine.

L'instituteur enseignant à Villefontaine. - AFP

Une ordonnance de fin d'information va être rendue prochainement par les juges d'instruction dans l'affaire Romain Farina, du nom de cet instituteur accusé d'avoir abusé sexuellement et violé plusieurs dizaines d'enfants, qui s'est suicidé en prison. Une victime, aujourd'hui âgée de 24 ans, se bat pour faire émerger la responsabilité éventuelle d'autres personnes.

L'affaire Romain Farina, du nom de cet instituteur soupçonné d'abus sexuels sur de multiples enfants lors des "ateliers du goût" proposés à des enfants de l'école primaire du Mas-de-la-Raz à Villefontaine, en Isère, vient d'être clôturée. Le juge d'instruction en charge de cette affaire qui a éclaté en 2015 a rendu une ordonnance de non-lieu constatant l'extinction de l'action publique avec la mort de l'instituteur en 2016.

Suicide en prison

Romain Farina a été mis en examen et écroué en mars 2015 après que deux fillettes rapportent à leurs parents avoir été abusées par leur enseignant. Elles racontent ces "ateliers du goût" au cours desquels leur instituteur, caché par un paravent, imposait des fellations à ses élèves qui avaient les yeux bandés. De nombreux mineurs et leurs parents s'étaient manifestés après ces révélations. Soupçonné d'avoir violé ou agressé une soixantaine d'enfants, Romain Farina s'était suicidé dans sa cellule de la prison de Corbas, dans le Rhône, en avril 2016. 

Les victimes et leur famille avaient toutefois réclamé la poursuite des investigations. Pendant plus d'un an, les enquêteurs ont travaillé notamment pour venir à bout de l'ordinateur de Romain Farina, permettant de découvrir près de 512.000 photos et 11.000 vidéos à caractère pédopornographique sur lesquelles de nouvelles victimes ont été identifiées. Autant d'éléments accablants accumulés sur un disque dur, mais également sur des CD et des DVD, et caché dans un faux plafond que l'enseignant avait demandé à sa femme de détruire.

46 victimes reconnues par la justice

Après trois ans d'instruction, le juge a estimé que son travail était terminé et qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer l'enseignant au nom de l'extinction de l'action publique. Elle reconnaît toutefois 46 victimes d'agressions sexuelles. Pour les autres cas, leur témoignage n'a pas pu être confronté avec les dires de l'instituteur. "Cette ordonnance de non-lieu était hélas inéluctable dans la mesure où Romain Farina, étant décédé, ne peut être renvoyé devant une cour d'assises", constate Me Fabien Rajon, avocat de plusieurs victimes. Des demandes d'indemnisation vont pouvoir être engagées auprès d'une juridiction pour les personnes reconnues comme victimes. 

Une jeune femme a décidé de faire appel de cette ordonnance de non-lieu. Sarah, la première victime majeure qui a témoigné et qui a été recensée, a été violée en 2003 alors qu'elle était âgée de 6 ans. "Nous faisons appel de l'ordonnance qui constate l'extinction de poursuites afin qu'il puisse y avoir un complément d'information, a fait savoir à BFMTV.com Me Hervé Gerbi. L'avocat estime que d'autres personnes ont pu être au courant des agissements de Romain Farina pendant 14 ans. "L'expertise technique des supports informatiques de M. Farina démontre qu'il y a deux utilisateurs distincts en plus de ce dernier entre 2003 et 2015", abonde l'avocat.

"L'instruction mérite des investigations sur l'ensemble des écoles, poursuit Me Gerbi. Pendant 14 ans, M. Farina a travaillé dans 7 écoles. Il avait installé une caméra dans sa salle de classe pour filmer ses 'ateliers', une caméra dans les toilettes des enfants. Il suivait les enfants dans les toilettes. Nous ne pouvons pas croire que pendant tout ce temps, aucune femme de ménage, aucun collègue, aucun inspecteur académique ne se soit rendu compte de rien."

D'autres responsabilités visées

D'autres questions se posent concernant cet homme condamné en 2008 pour "détention d'images pédopornographiques". "Aucune perquisition n'a été menée, sinon on aurait découvert des fichiers et notamment ceux concernant ma cliente", insiste l'avocat de Sarah. Pour lui, l'instituteur n'aurait pas dû rester en contact d'enfants. Il dénonce un manquement et vise d'autres responsables. "Soit l'Education nationale savait en partie et n'a pas protégé les enfants, explique le conseil. Soit elle ne savait pas, et la justice n'a pas su protéger les victimes."

Me Fabien Rajon rejoint son confrère dans cette lecture des faits. L'avocat va dans les prochains jours déposer plainte avec constitution de partie civile au nom de ses clients, afin qu'une nouvelle information judiciaire soit ouverte pour déterminer les responsabilités, sachant que dès 2001 Romain Farina était visé par une plainte pour agression sexuelle. "Malgré cette ordonnance de non-lieu, de nombreuses questions restent en suspend et nous allons demander l'ouverture d'une information judiciaire afin que des investigations approfondies soient effectuées s'agissant de la hiérarchie de cet enseignant, ou de toute autre personne ayant été informée de tels crimes"

Justine Chevalier