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Incendie de l'immeuble du boulevard Auriol : un procès tronqué ?

Une marche de soutien en hommage aux victimes de l'incendie du boulevard Vincent Auriol, dans lequel ont péri 17 personnes, dont 14 enfants, dans la nuit du 25 au 26 août 2005.

Une marche de soutien en hommage aux victimes de l'incendie du boulevard Vincent Auriol, dans lequel ont péri 17 personnes, dont 14 enfants, dans la nuit du 25 au 26 août 2005. - -

Ces mercredi et jeudi, seules une association et une société de construction sont jugées pour «homicides et blessures involontaires», dans le procès de l’incendie d’un immeuble vétuste du boulevard Auriol (Paris, 13e). Un incendie pourtant criminel, qui avait fait 17 morts d'origine africaine en août 2005.

Une association dépendant d'Emmaüs est jugée à partir de ce mercredi matin par le tribunal correctionnel de Paris pour homicides et blessures involontaires. En août 2005, 17 personnes dont 14 enfants avaient péri dans l'incendie d'un immeuble vétuste du boulevard Vincent Auriol, dans le 13e arrondissement parisien. France Euro Habitat (Freha) était locataire de l'immeuble et devait y effectuer des travaux de rénovation. La société Paris Banlieue Construction, qui avait fait des travaux et posé des contreplaqués sur les plafonds pour lutter contre la peinture au plomb, est elle aussi jugée. Pourtant, l'origine de l'incendie est criminelle, mais l'enquête n'a pas permis d'identifier un auteur. Près de 130 personnes originaires du Mali, du Sénégal et de la Côte d'Ivoire vivaient dans cet immeuble.

Plusieurs incendies meurtriers avaient touché la capitale en 2005, faisant au total 52 morts, pour la plupart des personnes d'origine africaine.

« Un bout de procès, pas celui auquel s’attendaient les familles »

Aujourd'hui, plus de 5 ans après les faits, aucune piste, aucune preuve n'a permis de remonter jusqu'au responsable de ce drame. Pourtant, c'est bien une intervention humaine qui a déclenché l'incendie au pied de la cage d'escalier, le feu s'est alors propagé au milieu des poussettes...
Sans coupable, la justice a tout de même identifié un facteur aggravant : la présence de contreplaqué sur les murs, au mépris des normes de sécurité, des plaques qui ont alimenté l'incendie cette nuit-là. L'association et la société de construction responsables de ces travaux sont donc accusées. Mais pour les victimes, ce procès est tronqué, le vrai coupable est absent. Et les familles estiment que la police et la justice n'ont pas mis tous les moyens pour le retrouver, comme l’explique Tapa Kanouté, leur porte-parole – qui a perdu sa nièce et sa sœur dans l'incendie : « Les familles n’attendent pas grand-chose de ce procès, qui est déjà un échec en soi. Après le mort de 17 personnes dont 14 enfants, ce que les familles attendent c’est un procès aux Assises ; ce qui suppose qu’on a trouvé le ou les coupables. Je ne comprends pas qu’en 2011 on puisse ne pas trouver ces coupables : on dispose des moyens techniques, humains, matériels, financiers, pour le faire. On va avoir en face de nous une entreprise et une association. On va probablement finir en peines d’amendes. Ces associations ont une part de responsabilité, mais c’est un bout de procès, qui n’est pas le procès principal auquel s’attendaient les familles. »

« Il a fallu tant de morts pour qu’on puisse être relogés »

Hatouma Diarra, rescapée de l'incendie dans lequel elle a perdu 9 membres de sa famille, dont sa fille, était dans l'immeuble cette nuit d'août et reste évidemment très marquée par le drame : « Je fais toujours des cauchemars. Une partie de ma vie a été volée : j’ai perdu sept frères et sœurs, mon petit cousin et ma fille, qui avait 3 ans à l’époque. Je voudrais surtout qu’on se rappelle de ces personnes-là et pourquoi elles sont mortes, puisqu’aujourd’hui on ne sait pas ce qui s’est passé. On est arrivé pour trois ans dans cet immeuble, parce qu’il était déjà en ruine, et on y est resté 15 ans. A chaque fois, on se plaignait, on envoyait des lettres, on faisait des manifestations… Certes, on était en attente, mais une semaine après le drame, tout le monde a eu un appartement. Il a fallu tant de morts pour qu’on puisse être relogés, mais à quel prix… »

La Rédaction, avec Aurélia Manoli