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Hippodrome de Compiègne : Woerth assigne en diffamation et se défend

L'ex-ministre Eric Woerth

L'ex-ministre Eric Woerth - -

L'affaire de l'hippodrome avait été révélée par le Canard enchaîné en 2010, en pleine polémique sur l'affaire Bettencourt qui a conduit au départ du gouvernement d'Eric Woerth, ex-trésorier de l'UMP et également maire de Chantilly.

Un procès en diffamation intenté par l'ancien ministre du Budget Eric Woerth lui a donné l'occasion mardi de contester les irrégularités dont la justice le soupçonne dans la vente de l'hippodrome de Compiègne.

"Je n'ai fait que défendre l'intérêt général dans cette affaire", a affirmé Eric Woerth, venu expliquer devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, spécialisée dans les affaires de presse, pourquoi il avait porté plainte contre deux journalistes qui l'avaient mis en cause.

"À un moment donné, la coupe est pleine", a-t-il justifié, ajoutant qu'il n'avait jamais attaqué les médias auparavant.

"À ce moment-là, il y avait une mode: il fallait taper sur Eric Woerth !", a appuyé un de ses deux avocats, Me Jean-Yves Le Borgne.

Prise illégale d'intérêt

L'affaire de l'hippodrome avait été révélée par le Canard enchaîné en 2010, en pleine polémique sur l'affaire Bettencourt qui a conduit au départ du gouvernement d'Eric Woerth, ex-trésorier de l'UMP et également maire de Chantilly (Oise).

>> Woerth aurait "bradé" l'hippodrome de Compiègne

L'ancien ministre avait engagé à l'été 2011 des poursuites en diffamation contre le Canard et le Courrier picard, qui laissaient entendre que la vente en mars 2010 de l'hippodrome de Compiègne était illégale et empreinte de favoritisme.

Eric Woerth est soupçonné d'avoir bradé pour 2,5 millions d'euros une parcelle de 57 hectares à la Société des courses de Compiègne, comportant un hippodrome et un golf.

Cette vente, effectuée de gré à gré, est l'objet de deux instructions. La première, ouverte pour "prise illégale d'intérêt" par la Cour de justice de la République (CJR), s'intéresse spécifiquement au rôle d'Eric Woerth. La seconde, menée par le pôle financier du TGI de Paris, couvre le volet non ministériel de l'affaire.

Terrain bradé

Pour Eric Woerth, le prix de vente était "le prix réel du terrain", tel qu'estimé par l'administration des domaines.

"Je n'avais aucun intérêt particulier à ce que cette opération soit réalisée, sinon faire rentrer deux millions et demi dans les caisses de l'Etat", a-t-il ajouté.

Pour le reste, selon lui, cette affaire relève d'une "bagarre entre administrations" : d'un côté Bercy, de l'autre le ministère de l'agriculture et l'Office national des forêts (ONF) qui ne voulaient pas vendre.

Neuf témoins ont été entendus.

Des responsables et juristes de l'ONF ont affirmé que la vente n'avait pas été menée dans les règles, ce qu'ont contesté d'anciens fonctionnaires et experts de Bercy et le président de la société des courses de Compiègne.

Christian Bataille, député PS qui a saisi la justice pour demander l'annulation de la vente de l'hippodrome, a estimé que sa valeur "constatée par les experts" était plutôt de 12 millions d'euros que de deux et demi.

Décision au 26 février

"Quels experts ?", ont lancé en choeur les avocats d'Eric Woerth, avant de demander la condamnation des médias poursuivis.

Le procureur ne les a pas suivis et a demandé la relaxe.

Pour lui, les journalistes doivent bénéficier de "l'excuse de bonne foi", au vu notamment des "éléments pas dérisoires" qui, dans ce dossier, "alimentent les soupçons". Ils ont accompli leur "devoir d'informer", a-t-il estimé.

À l'issue de près de dix heures d'audience, le tribunal a mis sa décision en délibéré au 26 février.

Ironie du calendrier, il avait rendu en début d'audience un jugement dans une affaire concernant l'épouse d'Eric Woerth, Florence, laquelle a été déboutée de ses plaintes en diffamation contre Arnaud Montebourg et Eva Joly qui l'avaient accusée de complicité de fraude fiscale dans l'affaire Bettencourt.