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Grenoble: six plaintes déposées contre un chirurgien soupçonné de fautes médicales

Un patient s'apprête à rentrer au bloc opératoire au CHU d'Angers, en novembre 2013 (PHOTO D'ILLUSTRATION)

Un patient s'apprête à rentrer au bloc opératoire au CHU d'Angers, en novembre 2013 (PHOTO D'ILLUSTRATION) - JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Six plaintes ont été déposées contre un chirurgien de Grenoble accusé de fautes médicales. Une enquête pour "escroqueries" et "mise en danger d'autrui" est également ouverte depuis plus de deux ans contre ce praticien. Son avocat dénonce, lui, un "lynchage public".

Ils l'accusent d'avoir commis de graves erreurs et veulent qu'une interdiction d'exercer soit prononcée à son encontre. À Grenoble, six plaintes ont été déposées contre le docteur V., soupçonné de fautes dans l'exercice de ses fonctions, d'après des informations du Parisien, confirmées par le parquet auprès de BFMTV.com. Ces plaintes s'inscrivent dans le cadre d'une enquête préliminaire, ouverte depuis décembre 2016, pour "escroqueries" et "mise en danger d'autrui".

Amputation, infirmité 

En avril dernier, on apprenait que le chirurgien grenoblois avait été suspendu 18 mois avec sursis par le Conseil national de l'Ordre des médecins, après une alerte de la Sécurité sociale de l'Isère.

Cette dernière a repéré 54 cas dont s'est occupé le chirurgien entre 2013 et 2014 avec d'éventuels manquements dans le travail de prise de décision opératoire, de non-respect des techniques opératoires au norme et de possibles erreurs dans le suivi post-opératoire. Dans les dossiers figurent notamment une amputation tibiale ou une infirmité à la suite d'une opération pour une hernie discale. 

Une compresse oubliée dans une gorge

Deux plaintes avait alors été déposées et quatre se sont donc ajoutées depuis. Parmi les plaignants se trouve Eric Berthon, un patient opéré des cervicales en juillet 2017 et qui aurait développé un kyste infectieux, à cause d'une compresse oubliée par mégarde dans sa gorge. Il avait développé un staphylocoque doré et aurait échappé de peu à la mort, d'après le Parisien.

"Suspendre seulement 18 mois ce chirurgien, ce n’est vraiment rien par rapport à ce que ses victimes ont subi. Il faut lui interdire d’exercer", déclare le patient au quotidien.

Présomption d'innocence bafouée 

Des accusations qui relèvent du "lynchage public", pour Bernard Boulloud, l'avocat du praticien. Alors que son client est tenu au silence par le secret médical, il dénonce une "situation où des personnes bafouent la présomption d'innocence de son client tandis que lui n'a pas le droit de répliquer", s'indigne-t-il au téléphone.

"Pourquoi attendre autant de temps pour déposer plainte ? Il y a une volonté de salir mon client, qui ne peut pas se défendre", regrette-t-il encore.

Maître Boulloud assure avoir de quoi répondre à ces plaintes mais attend une mise en examen afin que les deux parties soient "enfin" sur un "pied d'égalité" puisque soumis au secret de l'instruction. L'avocat fait également savoir que si son client est "achevé", il a reçu le soutien de bon nombre de confrères et d'anciens patients. 

La justice doit donc maintenant déterminer s'il existe un lien entre l'acte chirurgical et l'infirmité des plaignants. Avec 54 dossiers à étudier, l'enquête ne fait que débuter. 

Esther Paolini