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Grâce de Jacqueline Sauvage: l'Union Syndicale des Magistrats indignée

Les magistrats ne décollèrent pas après la décision de François Hollande de gracier totalement Jacqueline Sauvage, condamnée à deux reprises à 10 ans de prison pour le meurtre de son mari violent. Ils dénoncent une mesure "hypocrite".

Jacqueline Sauvage est libre. Politiques et anonymes ont salué dès mercredi soir la décision du président de la République de gracier la sexagénaire condamnée à dix ans de prison pour avoir tué son mari violent. Un soutien populaire qui n'est pas partagé par les magistrats. "C'est quand même étonnant une telle décision, qui remet en cause celles qui ont été prises par la justice", s'est indignée la présidente de l'Union syndicale des magistrats, sur BFMTV. 

"Il s'agit d'une décision politique. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne chose. Le président de la République ne respecte pas la justice. Il ne connaît que ce que les avocates de l'intéressée ont voulu dire", a lancé Virginie Duval.

A deux reprises, d'abord en octobre 2014 puis en janvier 2016, deux cours d'assises, des jurés populaires, condamnent Jacqueline Sauvage à dix ans de prison pour avoir tué en 2012 Norbert Marot, son mari, qui la frappait depuis des années. En janvier dernier, François Hollande lui accorde une grâce partielle lui permettant de présenter immédiatement une demande de libération conditionnelle. Par deux fois, la justice va lui refuser.

Fléau des violences conjugales

En graciant Jacqueline Sauvage, François Hollande est critiqué pour ce que certains dénoncent comme du clientélisme. "On a un président de la République qui a pris une décision pour plaire à l'opinion publique, dénonce la présidente de l'USM. Ceux qui ont pris une décision en connaissance du dossier ce sont les cours d'assises et les tribunaux d'application des peines qui avaient connaissance du dossier et des avis d'experts."

"C’est une forme de justice privée au détriment d’une justice démocratique", s'insurge Philippe Bilger, magistrat honoraire, qui regrette une atteinte à l'indépendance de la justice.

Alors que des politiques de tous bords s'étaient engagés dans le combat, la mobilisation de la société civile ne faiblit pas. Jacqueline Sauvage est devenue, malgré elle, le symbole des violences faites aux femmes. Interrogé sur l'antenne de BFMTV, Serge Portelli, président de chambre à la cour d'appel de Versailles, a, quant à lui, estimé que "François Hollande a pris une décision à la fois sage, qui prend en compte le symbole que Jacqueline Sauvage a fini par devenir. Il a pris en considération le fléau que constituent les violences conjugales".

J.C.