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Grâce de Jacqueline Sauvage: des magistrats dénoncent "un système issu de la monarchie"

Certains magistrats estiment que la grâce présidentielle accordée à Jacqueline Sauvage va à l'encontre de la séparation des pouvoirs.

Jacqueline Sauvage a bénéficié ce dimanche soir d'une grâce présidentielle partielle qui lui permet de demander dès à présent une libération conditionnelle en avril. Une décision saluée par ses proches, son comité de soutien et une partie de la classe politique.

Jacqueline Sauvage a été condamnée en première instance en 2014, puis en appel en 2015, à dix ans de réclusion pour le meurtre d'un mari qui la battait depuis des années et avait violé ses filles.

Mais pour certains professionnels du droit, cette grâce n'avait pas lieu d'être. Céline Parisot, secrétaire générale de l'Union syndicale des magistrats, estime que "cela va quand même à l'encontre de la séparation des pouvoirs".

"C'est un système qui est issu de la monarchie, avec la toute puissance du roi qui pouvait faire et défaire les condamnations", remarque-t-elle sur BFMTV.

"Des processus judiciaires qui n'ont rien de critiquables"

Philippe Bilger, magistrat honoraire, a expliqué quant à lui qu'il trouvait "extrêmement dangereuse cette tendance qui va demander la mise en branle de la grâce présidentielle dans des processus judiciaires qui n'ont rien de critiquables".

"Je comprends cette réaction mais je pense que ce qui est plus grave encore c'est la façon dont Jacqueline Sauvage a été traitée tout au long de sa vie", a réagi de son côté sur BFMTV Valérie Boyer, députée Les Républicains des Bouches du Rhône.

Le 28 octobre 2014, la cour d'assises du Loiret condamne Jacqueline Sauvage, alors âgée de 65 ans, à dix ans de réclusion. Puis, le 3 décembre 2015 la cour d'assises du Loir-et-Cher confirme en appel la condamnation à dix ans de prison.

L'avocat général Frédéric Chevallier avait estimé que "la légitime défense n'est absolument pas soutenable. (...) Trois coups de feu tirés dans le dos, ce n'est pas admissible". Nathalie Tomasini, avocate de Jacqueline Sauvage, avait de son côté demandé aux jurés de "prendre la mesure des conséquences irréversibles des violences faites aux femmes", de "repousser les limites de la légitime défense appliquée aux situations de violences conjugales" en prononçant la relaxe de l'accusée.

A. D. avec AFP