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Fraude présumée à la Sécu chez Michelin : témoignages

Une enquête préliminaire de police visant une supposée fraude à la Sécurité sociale par dissimulation des accidents du travail à Michelin a été ouverte fin 2011 par le parquet de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). /Photo d'archives/REUTERS/Régis Duvignau

Une enquête préliminaire de police visant une supposée fraude à la Sécurité sociale par dissimulation des accidents du travail à Michelin a été ouverte fin 2011 par le parquet de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). /Photo d'archives/REUTERS/Régis Duvignau - -

La CGT accuse Michelin de frauder la Sécurité sociale en dissimulant les accidents du travail de ses salariés. Une enquête préliminaire a été ouverte fin 2011. Plusieurs centaines de millions d’euros auraient ainsi été économisés pendant plusieurs années par Michelin, selon le syndicat.

Une enquête préliminaire de police visant une supposée fraude à la Sécurité sociale par dissimulation des accidents du travail à Michelin a été ouverte fin 2011 par le parquet de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Les accidents du travail seraient systématiquement cachés afin d'éviter de payer les cotisations à ce titre, ce qui permettrait à l'entreprise d'économiser plusieurs centaines de millions d'euros par an, assure le syndicat CGT, à l'origine de la procédure fin 2011. Il a saisi l'inspection du travail qui a saisi la justice.

«Les salariés mis sous pression pour qu’ils ne prennent pas leurs arrêts»

« Le directeur actuel a déclaré 0 accident du travail en 2010 », assure Denis Plard, délégué CGT sur le site Michelin de Cholet (Maine-et-Loire). « On a énormément de plaies, de lombalgies, et cela n’apparait nulle part. Ils mettent la pression sur les salariés pour qu’ils ne prennent pas leurs arrêts de travail. Imaginez quand vous êtes en souffrance et que l'on vous oblige à revenir. C'est profondément choquant ! ». Des dizaines de cas auraient ainsi été passés sous silence ces dernières années.

« Les primes de mes collègues allaient sauter si je prenais mon arrêt »

RMC a recueilli le témoignage d’un salarié de maintenance de Michelin, qui s’exprime sous couvert de l’anonymat par crainte de représailles de sa hiérarchie : « Une charge lourde m'est tombée sur le pied et je devais avoir 6 semaines d'arrêt de travail. Pendant ces 6 semaines, j'ai eu des coups de téléphone des membres de ma hiérarchie pour me faire revenir en poste aménagé. Ils voulaient que je sois dans les murs de Michelin pour qu'ils puissent dire "il n'est pas en arrêt de travail, il est entre nos murs". Je me sentais obligé de revenir. On m'a même fait culpabiliser en me disant que les primes de fin d'année de mes collègues allaient sauter à cause de mon arrêt ».

« Pas de système organisé pour masquer quoi que ce soit ! »

Frantz Bléhaut, le directeur des ressources humaines de Michelin pour la France, concède que « l’entreprise propose quelquefois à certaines personnes un poste aménagé compatible avec sa gêne momentanée. Mais toujours avec son accord et celui du médecin du travail. Je ne peux pas exclure qu'à un moment donné, très ponctuellement, quelqu'un n'ait pas respecté ces règles. Mais il n'y a pas chez Michelin de système organisé pour masquer quoi que ce soit ! ».

Des enjeux économiques énormes...

La justice tranchera dans le cas de Michelin, mais il semblerait que ce type de fraudes à la Sécurité sociale se multiplie. C’est ce qu’a constaté Gérard Le Corre, inspecteur du travail : « Il y a depuis quelques années des politiques qui visent à faire des économies sur les accidents du travail. Les grands groupes industriels développent un certain nombre de stratégies, qui vont de l’absence de déclaration d'accidents de travail, aux pressions sur les salariés pour les faire reprendre le plus tôt possible. Il y a des enjeux économiques énormes. Aujourd'hui, des cabinets d'avocats spécialisés vendent même des produits adaptés pour aider les entreprises à réduire leurs cotisations à la Sécu au titre des accidents du travail ».

La rédaction avec Marie Dupin