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Féminicides: des antécédents de violence dans près de 80% des cas

39 19, le numéro de téléphone pour les femmes victimes de violences soutenu par le ministère en charge des droits des femmes et géré par la "Fédération nationale solidarité femmes"

39 19, le numéro de téléphone pour les femmes victimes de violences soutenu par le ministère en charge des droits des femmes et géré par la "Fédération nationale solidarité femmes" - ERIC FEFERBERG / AFP

Près de 80% des auteurs d'homicides conjugaux ou de tentatives s'étaient déjà montrés violents dans le couple, établit une enquête inédite menée par le parquet général de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence.

Carences dans le traitement des plaintes, défaut d'évaluation de la gravité de la situation de la victime ou encore manque de suivis judiciaires... sont les principaux enseignements d'une étude inédite conduite par le parquet général de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence. L'enquête -qui porte sur dix-sept meurtres et douze tentatives entre le 1 janvier 2018 et le 9 septembre 2019- souligne également la présence d'antécédents de violence chez près de 80% des auteurs d'homicides conjugaux.

Une enquête inédite sur les cas de féminicides portée par le parquet d'Aix

Ayant érigé la lutte contre les violences au sein du couple à l'état de "priorité absolue", l'ex-procureur général Robert Gelli avait demandé en mars une analyse sur les féminicides commis dans la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, qui regroupe plus de quatre millions d'habitants.

Cette enquête vise à identifier les lacunes dans la prise en compte des plaintes pour violences conjugales et les éventuels dysfonctionnement dans le suivi judiciaires des auteurs.

En juillet, l'ex-procureur général avait adressé aux différents parquets une note prescrivant toute une série de mesures comme l'interdiction de recourir aux mains courantes ou encore l'évaluation approfondie systématique de la victime dès le début de la garde à vue de son conjoint.

"L'homicide suite d'un comportement violent récurrent"

L'analyse de ces faits criminels - dont trois ont été commis par des femmes - illustre clairement le lien entre meurtre conjugal et violences antérieures. "L'homicide ou la tentative d'homicide est la suite d'un comportement violent récurrent", lit-on dans cette étude, confiée à Isabelle Fort, substitut général, selon laquelle 70% des auteurs avaient antérieurement commis des violences sur la victime et 10% sur un précédent conjoint.

Dans la grande majorité des cas (90%), les proches ou les familles avaient connaissance des violences subies et pour 30% d'entre-eux ils n'avaient jamais été portés à la connaissance d'un service d'enquête ou de la justice. Le rapport pointe aussi une défaillance d'un traitement efficace des plaintes, puisque la plupart de ces dossiers n'ont pas bénéficié d'un traitement via un circuit court. 

Des plaintes classées ou retirées

Si la moitié des auteurs de meurtres ou ayant fait une tentative, avaient des antécédents judiciaires de violences ou de menaces sur conjoint, de nombreuses plaintes ont été classées sans suite en raison d'un retrait de plainte ou d'un défaut de certificat médical constatant les blessures du ou de la plaignante.

Selon cette enquête, 20% des enfants ont été témoins du meurtre ou de la tentative de meurtre, dont plus de la moitié ont lieu au domicile familial et 20% des enfants eux-mêmes ont été victimes de violences physiques. 

En 2018, 121 femmes et 28 hommes ont été tués dans le cadre de violences conjugales selon les autorités. Le collectif féministe #NousToutes assure que 124 femmes ont été tuées par leur compagnon en France depuis le début de l'année.

R.Ga. avec AFP