BFMTV

Elina Fériel: "Aujourd'hui pour les femmes, c'est le niqab ou Nabilla"

Elina Fériel, ex-femme de caïd de Marseille, auteur de "Au bout de la violence", sur le plateau de BFMTV le 20 mai 2013

Elina Fériel, ex-femme de caïd de Marseille, auteur de "Au bout de la violence", sur le plateau de BFMTV le 20 mai 2013 - -

Femme de caïd de Marseille, auteur de "Au bout de la violence", Elina Fériel évoque la réalité des quartiers nord de la cité phocéenne. Un livre écrit sous pseudonyme pour alerter sur les violences à Marseille.

Marseille, symbole malgré elle de la violence et enjeu politique du gouvernement. Si la ville, classée en Zone sécurité prioritaire (ZSP), est officiellement une priorité du ministre de l'Intérieur Manuel Valls, la réalité sur le terrain se fait encore attendre selon Elina Fériel, ex-femme de caïd et auteur du livre Au bout de la violence.

"Il faudrait que Manuel Valls arrête avec ses stéréotypes. Le gouvernement n'a rien réinvesti du tout. On voit effectivement un peu plus de policiers, en journée. Ils font des contrôles mais uniquement ce dont ils ont envie: ils vont contrôler des familles en voiture mais pas des jeunes qui arrivent, musique à fond en voiture. Peut-être ont-ils un peu peur", a-t-elle accusé lundi matin sur BFMTV.

"On ne se menace plus, on se tire dessus"

De ces années de vie dans les quartiers nord de Marseille, Elina Fériel garde un goût de gâchis. "J'avais 27 ans quand mon mari a été tué et que je me suis retrouvée veuve avec deux enfants", a poursuivi la jeune femme, aujourd'hui âgée de 34 ans, qui témoigne sous pseudonyme. Un drame personnel qui se doublera bientôt d'un autre puisque son frère est, lui aussi, assassiné quelques mois plus tard. "Aujourd'hui, les petits de 17 ans ont des armes. On ne se menace plus, on se tire dessus", a-t-elle assuré, appelant à une plus grande présence policière au coeur des quartiers nord.

La violence, Elina Fériel a choisi de ne plus vivre avec et a quitté Marseille. "J'ai fait des bêtises et si j'avais été un homme, j'aurais mal tourné. Nous n'avons que ça, nous sommes marginalisés", a-t-elle souligné. "Il faut le vivre de ne pas se sentir reconnus. J'ai grandi dans la désillusion totale, très tôt j'ai compris que ce qu'on voyait à la télé, ce n'était pas pour nous", a-t-elle poursuivi, accusant le gouvernement de ne pas être plus présent sur le terrain.

Puis, évoquant la corruption qui gangrène selon elle jusque les forces de police à Marseille, Elina Fériel a assuré "avoir eu peur pour sa vie" à une certaine époque.

"Aujourd'hui pour les femmes, c'est le niqab ou Nabilla"

De ses années dans les quartiers nord, Elina Fériel garde toutefois plusieurs bons souvenirs. Notamment "une absence de racisme" et "une meilleur considération des femmes".

"Avant, il était encore possible de sortir et d'avoir des amis, les garçons des cités étaient nos grand-frères, nos protecteurs. Aujourd'hui, quand je vois le genre de femme que l'on met en dernière page d'un quotidien national, je me dis: 'mais pauvre France', a-t-elle accusé, déplorant la dégradation générale de l'image de la femme dans la société. Alors pour les femmes, aujourd'hui c'est le niqab ou Nabilla?"