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Police-Justice

Drogue: retour en force de l'héroïne en province et dans les campagnes

L'héroïne n'est plus seulement injectée, mais aussi fumée ou "sniffée" comme la cocaïne.

L'héroïne n'est plus seulement injectée, mais aussi fumée ou "sniffée" comme la cocaïne. - BFMTV

Drogue phare des milieux branchés parisiens des années 80, l'heroïne revient où on ne l'attendait pas forcément. Depuis quelques années, cet opiacé envahit les villes de province et les zones rurales.

Derrière le cadre bucolique des eaux limpides du lac d'Annecy, avec la forêt et les montagnes pour écrin, se cache une sombre réalité. Le trafic de l'héroïne, une drogue puissante et hautement addictive a envahi les collines environnantes. Pour trouver sa dose, le consommateur doit commencer par effectuer une petite marche dans les bois, à quelques minutes des abords de la ville.

Un "laboratoire clandestin en pleine nature"

Les points de vente sont disséminés à l'orée des bois tout autour du lac.

"Le dealer est installé un petit peu plus haut, en planque", explique le commissaire central adjoint d'Annecy, Christophe Gavat. "Son point de situation lui permet de vérifier qui arrive, par la voie routière qu'on voit ici (il pointe la route en aval, ndlr), à la fois les patrouilles de police qui montent ou les gens qui arrivent."

La suite de la "promenade" permet de repérer d'anciennes caches de drogue. Ainsi une souche d'arbre. Un peu plus loin, les vestiges "d'un laboratoire clandestin en pleine nature avec les souches qui leur permettait de poser le matériel dessus, que ce soit les balances, les passoires, l'héroïne pure, les produits de coupes", continue le commissaire.

Les saisies se multiplient en province

Le phénomène ne se limite pas à Annecy. Les saisies sont en hausse dans plusieurs villes de province. Ainsi, en Gironde le 8 janvier, les douaniers ont intercepté une voiture en provenance des Pays-Bas qui transportait 5 kg d'héroïne et plus de 2 kg de cocaïne. Une même quantité a été confisquée le 12 janvier en Auvergne. Le 22 décembre, près du Havre, un couple avec un enfant a été appréhendé avec 14 kg.

A la faveur de nouveaux modes de consommation, le trafic se développe depuis plusieurs années. La drogue ne s'injecte plus autant, mais se sniffe ou se fume. Elle est aussi plus pure ce qui accroît les risques d'overdose. Surtout, elle est devenue bien moins chère.

"L'héroïne a été une drogue très chère. Au début des années 2000, le gramme se négociait aux alentours des 60 euros. Aujourd'hui et depuis quelques années le gramme se négocie aux alentours des 35 euros. Cela veut malheureusement dire que la drogue est plus accessible au consommateur. Elle n'en reste pas moins tout aussi dangereuse", détaille le commissaire Clément Vivès, chef de la mission de lutte antidrogue.

En France, le nombre de personnes ayant expérimenté l’héroïne au moins une fois dans leur vie est passé de 500.000 en 2010 à 600.000 en 2014, selon les chiffres de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes).

Hausse de la production dans les pays fournisseurs

Selon Frédéric Ploquin, spécialiste du grand banditisme, cette progression "est détectée depuis quatre ou cinq ans".

"L'héroïne qui est produite essentiellement d'Afghanistan, par la Turquie et la question des réseaux criminels se percute immédiatement avec la question des réfugiés", explique-t-il à BFMTV. 

"Dans la mesure où vous avez des routes un peu similaires, d'ailleurs dès lors que des routes humaines s'ouvrent, les produits illicites circulent. Vous avez un renforcement des réseaux mafieux balkaniques et les talibans qui se renforcent et qui ont besoin d'argent pour se financer. Donc la production est en hausse."

Comme d'autres, Frédéric Ploquin, constate "qu'en 30 ans, l'usage de l'héroïne s'est démocratisé, y compris dans les villages et les campagnes".

>> Retrouvez le reportage complet ce mercredi soir dans Grand angle à 22h40 et 23h40

D. N. avec Yves Couant et Sophie Herbé