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Disparues de Perpignan: le point sur l'enquête

Allison (g.) et sa mère Marie-Josée Benitez.

Allison (g.) et sa mère Marie-Josée Benitez. - -

Marie-Josée Benitez et sa fille Allison ont disparu depuis le 14 juillet à Perpignan. Le mari et père, "témoin capital", a été retrouvé pendu lundi 5 août, laissant une lettre dans laquelle il clame son innocence.

Le procureur adjoint de Perpignan Luc-André Lenormand ne l'a pas caché, lundi: le suicide de Francisco Benitez, mari et père des deux disparues de Perpignan, prive les enquêteurs d'un "témoin capital". Mais les enquêteurs restent mobilisés pour retrouver Marie-Josée et Allison Benitez, dont on est sans nouvelles depuis le 14 juillet.

BFMTV.com fait le point sur l'enquête, plus de trois semaine après leur disparition.

> L'ultime journée du 14 juillet

Francisco Benitez est "le dernier à avoir vu son épouse et sa fille", notait lundi le procureur adjoint de Perpignan, Luc-André Lenormand. Le 14 juillet, le légionnaire de 50 ans va chercher sa fille à Canet-en-Roussillon où la jeune fille, candidate à l'élection de Miss Roussillon, prend "un repas en compagnie des membres du comité d'organisation".

Allison, 19 ans, a lâché au printemps sa formation de coiffeuse pour se lancer dans le challenge du concours de beauté. Et le 14 juillet au soir, elle n'a vraisemblablement aucune envie de lâcher l'aventure. A en croire la déléguée du comité, Cindy Filipiak, citée par L'Indépendant: "Elle n'avait aucune raison d'abandonner le concours, c'était l'une des favorites... Si elle avait dû partir, si elle avait voulu prendre du temps pour elle avant l'élection, elle me l'aurait dit!"

Allison lui aurait dit en la quittant: "On se retrouve où et à quelle heure demain?" Le 15 juillet, elle devait assister à une réunion de préparation au concours à Prades, à 40 km à l'ouest de Perpignan.

> Des valises et des questions

Dans la déposition qu'il a faite à la police le 25 juillet, Francisco Benitez a indiqué qu'Allison et lui sont rentrés directement au domicile familial, à Perpignan. Là, "il a trouvé sa femme en train de préparer une valise", selon les informations révélées par le parquet. "Madame Benitez et sa fille se sont alors enfermées dans une chambre, où elles auraient eu un conciliabule, puis sont redescendues et ont dit à Francisco: 'on s'en va'."

Il les aurait laissées partir sans poser de question sur leur destination. Le couple battait de l'aile; il était en instance de séparation. Selon L'Indépendant, la mère et la fille devaient partir vivre seules dans un appartement en septembre. Cependant, "aucune procédure de divorce n'était engagée devant le tribunal", a indiqué le procureur adjoint Luc-André Lenormand.

A 17h17, un texto a été envoyé sur le portable d'une des deux autres filles de Marie-Josée Benitez, demi-soeur d'Allison, qui vit à Montpellier: "C'est une décision difficile à prendre, mais nous partons à Toulouse. Préviens Papa." Apparemment, Francisco Benitez a bien été avisé de ce fait puisque deux jours plus tard, quand un ami d'Allison inquiet se rend au domicile familial, le père lui indique: "Allison est avec sa mère à Toulouse, elles vont bien", selon L'Indépendant.

Toulouse? Les deux femmes n'y ont appremment aucune attache. Et ni l'une, ni l'autre n'a de permis de conduire. Elles n'auraient pas pris le train. Et l'enquête de voisinage révèle que personne n'a vu de taxi, ni d'autre véhicule, stationner devant le domicile. Depuis leur départ, aucun mouvement n'a été décelé sur leurs comptes bancaires, et leurs deux téléphones portables ont rapidement cessé d'émettre après le texto de 17h17.

> L'attitude du père

Francisco Benitez a néanmoins attendu le 22 juillet pour signaler leur disparition. Ce jour-là, lorsqu'il se rend au commissariat, il ne fait qu'une déclaration verbale. Ce n'est que trois jours plus tard qu'il signe une déposition écrite.

Mais à mesure que le temps passe, l'homme supporte de moins en moins les soupçons qui pèsent sur lui. Il s'en ouvre dans des mails à des proches et à des camarades de la Légion étrangère où il est adjudant-chef. Puis se confie, en larmes, dans une vidéo publiée par le site internet de Paris Match: "Les gens qui me connaissent vraiment, ils savent très bien que pour moi, Allison, c'est ma vie."

Lundi matin, son corps est retrouvé dans les sanitaires de la caserne où il était affecté. L'homme s'est "vraisemblablement donné la mort par pendaison", précise le procureur adjoint. "Pour preuve, la présence d'un courrier où il déclare qu'il met volontairement fin à ses jours et donne ses dernières recommandations". Dans celui-ci, il continue de "clamer son innocence".

Le frère de Marie-Josée Benitez, Eric Barbet, ne croit pas à sa culpabilité. "Il était à bout. C'est une personne désemparée, au désespoir", a-t-il confié.

> Les pistes explorées par la police

La mort brutale de ce "témoin capital" ne facilite pas la tâche des enquêteurs. "S'il a un secret, il l'a emporté", estime le procureur adjoint. Les enquêteurs ne croient guère plus à une disparition volontaire des deux femmes, et a même fait preuve de pessimisme en indiquant que "si elles étaient en vie, ou libres de leur mouvement, elles se seraient manifestées" en apprenant le décès de Francisco Benitez.

Une cellule spéciale, saisie dans le cadre d'une information judiciaire pour "recherche des causes de la disparition", mobilise actuellement une trentaine d'enquêteurs de la police judiciaire.

Les policiers ont saisi un ordinateur appartenant à Francisco Benitez qu'ils ont commencé à exploiter. Ils s'intéressent également aux conditions dans lesquelles a été tournée sa dernière vidéo.

Enfin, l'enquête de voisinage et l'appel à témoins, qui n'a pour le moment rien donné, se poursuivent. Un nouveau numéro vert a été lancé pour recueillir des témoignages: le 0800 358 335.

Mathilde TOURNIER