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Disparition de Mathis: Sylvain Jouanneau affirme que son fils est toujours vivant

Toujours dans la provocation, Sylvain Jouanneau a encore beaucoup parlé, ce mercredi, au troisième jour de son procès. S'il affirme que son fils Mathis est toujours vivant, ses arguments semblent perdre en crédibilité aux yeux des autorités. Quant à son ancienne compagne et sa famille, elles n'arrivent plus à contenir leur colère. Compte-rendu.

Toujours bavard, Sylvain Jouanneau a affirmé clairement ce mercredi qu'il n'avait pas tué son fils mais sa crédibilité paraissait entamée au troisième jour de son procès pour l'enlèvement et la séquestration de Mathis en 2011. "Non je n'ai pas tué Mathis", a assuré l'accusé pour la première fois en trois jours de procès devant les assises du Calvados à Caen.

Face à ce manque d'avancées, la mère de l'enfant, Nathalie Barré, a laissé éclater sa colère. "Je souhaitais juste dire à la télévision que monsieur Jouanneau est un ignoble monstre", a-t-elle déclaré face aux caméras de BFMTV. Durant l'audience, son ancien compagnon a décrit son fils, Mathis, comme étant "un enfant de la haine et du mensonge", a indiqué, des sanglots dans la voix, la mère de l'enfant, Nathalie Barré. Une colère également partagée par la famille de l'accusé.

Bientôt quatre ans sans nouvelle de l'enfant

Ce père divorcé n'a pas ramené son fils à sa mère le 4 septembre 2011 à Caen comme il aurait dû le faire au terme de son droit de garde du week-end. L'enfant alors âgé de 8 ans n'a pas été revu depuis.

L'affirmation contraste avec ce qu'écrit l'accusé à propos de Mathis en 2010 à sa compagne d'alors: "C'est l'enfant de la haine. Il y a des gènes de sa mère en lui. Je ne peux pas faire de miracles. Si ça tourne mal, je ne m'en sens pas responsable. J'ai fait le deuil".

Des propos lus à l'audience par Louis Balling, avocat de la dernière compagne de l'accusé qui l'a quitté en août 2011 et que Sylvain Jouanneau a menacé de mort deux mois plus tard. Il comparaît aussi pour ces faits.

Mathis "est-il mort?" demande la présidente Antoinette Lepeltier-Durel. "Mais non, pourquoi...", répond sans finir sa phrase l'accusé, qui était entré poing levé dans la salle d'audience devant les caméras mercredi matin, un geste "combatif" selon lui.

Il se dit "tout à fait rassuré" sur le sort de son fils

"D'après les dernières infos que j'ai, je suis tout à fait rassuré" sur le sort de Mathis, a dit Sylvain Jouanneau, 41 ans. Cet ancien cadre devenu maçon a été arrêté le 9 décembre 2011, près d'Avignon, après avoir été aperçu à six reprises par des témoins en France, toujours seul. Malgré les demandes répétées des proches de Mathis, épuisés, et celles des magistrats, Sylvain Jouanneau refuse de dire où se trouve son fils.

Il multiplie les digressions ou se mure dans un silence inquiétant, perd rarement son "calme olympien", selon l'expression d'un témoin. Le fait de détenir seul la vérité doit conforter le sentiment de "toute puissance" de l'accusé marqué par un complexe d'abandon, estiment des psychiatres.

L'accusé n'explique pas la "précipitation" avec laquelle il a quitté son véhicule retrouvé près de Bayonne, en septembre 2011, avec un rehausseur à l'intérieur. Il répète avoir confié l'enfant à des tiers à l'étranger, refuse d'en dire plus afin, selon lui, de les "protéger".

Une hypothèse "peu crédible"

Mais selon deux policiers entendus mercredi, son courrier de 2011 affirmant qu'il a confié Mathis à des "complices sûrs et puissants" est peu crédible. Olivier Dumont, un des directeurs de l'enquête, a "du mal à croire" ces propos. Dans un brouillon de lettre retrouvé sur son ordinateur et lu à l'audience, Sylvain Jouanneau affirme que son fils est "sous protection musulmane".

"Sur le fond, je pourrais écrire la même lettre aujourd'hui", a indiqué l'accusé, chemise bleue, longue queue de cheval et barbe noires. Mais pour le capitaine David Gaston, "ce n'est pas crédible". "Il est décrit comme quelqu'un de solitaire. Pour entrer en contact avec ce genre d'organisation, il faut des moyens. Ces contacts, on ne les a pas retrouvés sur ses ordinateurs", note-t-il.

Pour David Gaston, la piste "musulmane" est peut-être même une fausse piste sur laquelle l'accusé a mis volontairement les policiers, même si il s'est converti à l'islam quand il a failli épouser une Marocaine en 2006. "Pour moi, (l'accusé) est resté sur le territoire national", dit David Gaston. Son collègue n'exclut pas qu'il soit allé à l'étranger, mais "pas au Maroc" car il n'avait pas son passeport.

Jusqu'à 30 ans de prison

Des arguments contestés par la défense. Et l'accusé de lâcher qu'il a dépensé 5.000 euros pour un passeport, que Mathis est devenu musulman et qu'il a changé de nom. Des recherches ont été effectuées en vain, notamment au Maroc, et dans les milieux sectaires en France. Sylvain Jouanneau, dont le procès doit en principe s'achever jeudi, encourt 30 ans de prison.

Jé. M. avec AFP