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Des policiers réclament le paiement de plus de 20 millions d'heures supplémentaires

Plus de 27 millions d'euros devraient être versés aux forces de l'ordre pour leurs heures supplémentaires, selon Linda Kebab.

Plus de 27 millions d'euros devraient être versés aux forces de l'ordre pour leurs heures supplémentaires, selon Linda Kebab. - Lucas Barioulet - AFP

Les policiers accumulent des millions d'heures supplémentaires, sans rémunération ni jour de récupération. Épuisées par des conditions de travail harassantes, les forces de l'ordre veulent désormais être entendues. Le syndicat Alliance appelle même au blocage des commissariats à partir de mercredi.

Les policiers aussi veulent avoir voix au chapitre. Alors que les forces de l’ordre enchaînent les journées à rallonge et les heures supplémentaires sans rémunération ni jour de récupération, la grogne s’intensifie.

"Les forces de l’ordre sont épuisées mentalement et physiquement", s’indigne Linda Kebab, déléguée nationale du syndicat SGP police, ce lundi sur RMC. "Nous voulons le paiement des 27 millions d'heures supplémentaires effectuées."

Celles-ci s’accumulent depuis plusieurs années et se sont amplifiées le mois dernier avec les manifestations des gilets jaunes et la menace terroriste qui plane en permanence sur le territoire. Début décembre, Eric Ciotti a adressé une lettre au président de la République pour demander le paiement de ces heures avant la fin du mois de décembre.

"Au cours des trois dernières années, le stock d'heures supplémentaires au sein de la police nationale a évolué de manière constante, pour atteindre au 31 décembre 2017 21,7 millions d'heures, soit une augmentation de plus de 18 % depuis 2014", indique le député LR des Alpes-Maritimes dans son courrier, selon des propos rapportés par Nice-Matin.

23 heures de travail sans interruption

Guillaume Lebeau, vice-président de l’association Mobilisation des policiers en colère (MPC) est policier depuis 15 ans et a plus de 200 heures supplémentaires à son actif, précise-t-il à BFMTV.com. "Certains de mes collègues ont enchaîné 23 heures de travail pour encadrer les manifestations des gilets jaunes. A chaque mobilisation, le gouvernement vient nous féliciter mais derrière, il n’y a rien de concret, c’est un simple coup de com’ de la part de l’exécutif", tance-t-il. Comme les gilets jaunes, il aspire à davantage de pouvoir d’achat et cela passe notamment par le règlement des heures supplémentaires et le dégel du point d’indice qui, pour l’instant, empêche la revalorisation de leurs salaires, explique Guillaume Lebeau.

Pour donner de l’ampleur à ces revendications, l’association MPC, apolitique et sans bannière syndicale, se fait le relais d’un appel à manifester, "lancé par des collègues épuisés". Jeudi 20 décembre, les policiers sont invités à se rassembler devant le commissariat du VIIIe arrondissement de Paris, près des Champs-Elysées, dès 21h30.

Ce mouvement devrait être suivi de ce que le syndicat SGP police appelle l’"acte 1 de la colère des policiers", prévu pour la rentrée 2019.

"Nous voulons passer à l’action. Nous appelons à l’union de tous les syndicats et de tous les policiers dans la rue", a annoncé Linda Kebab ce lundi sur RMC.

Appel au blocage des commissariats

Mais Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative police nationale, émet des réserves: "Il faut une démarche plus constructive", préconise-t-il. Le syndicaliste le concède: les forces de l’ordre sont épuisées par le rythme qui s’est accéléré depuis le mois de novembre. Et ce n’est pas tout: "Les policiers n’ont qu’un week-end de repos sur six, les effectifs ne sont pas suffisants si bien que certains ne peuvent pas poser de jours de congé, les heures de nuit ne sont pas suffisamment payées, à raison de 97 centimes supplémentaires de l’heure." Afin de sensibiliser sur "l’état du moral des troupes", Denis Jacob a saisi l’ensemble des parlementaires et a adressé un courrier au président de la République, au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur.

Si cette tentative d’instaurer un dialogue s’avère stérile, Denis Jacob précise toutefois à BFMTV.com que "les policiers iront exprimer leur mécontentement dans la rue, sous forme de mobilisation massive et intersyndicale afin de réunir le plus grand nombre". Ce lundi, le syndicat Alliance a pour sa part déjà appelé à bloquer tous les commissariats de France, à partir de mercredi.

"Pour cette première journée d’action, les policiers sont conviés à rester dans les services et à ne répondre qu’aux appels d’urgence", est-il précisé dans un communiqué.

Ambre Lepoivre