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Dépistage de la délinquance dès 3 ans

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Dans le cadre de la réforme du texte de 1945 sur la délinquance des mineurs, le porte-parole de l'UMP relance le principe d'une détection dès 3 ans des troubles du comportement chez l'enfant.


Le rapport Varinard devrait être remis ce mercredi à la Garde des sceaux, Rachida Dati. Il propose de réformer l'ordonnance de 1945 sur la délinquance des mineurs. Ce texte préconise, entre autres, un abaissement de la responsabilité pénale de 13 à 12 ans.
Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, justifiait lundi cette décision et relançait un peu plus le débat ultra-sensible du dépistage de la délinquance : « Je ne pense pas que ce soit trop tôt, a-t-il dit au sujet de la proposition d'abaisser la responsabilité pénale de 13 à 12 ans. Moi, je souhaite qu'on aille même sans doute un peu plus loin, sur la question de la détection précoce des comportements. Cela a été dans beaucoup de rapports. On dit qu'il faut le faire dès l'âge de trois ans (ndlr : une détection à but médical se fait à l'heure actuelle à l'entrée au primaire, vers 6 ans) pour être efficace. » Le débat fait rage entre les partisans d'un dépistage précoce et les opposants à ce « fichage » systématique.

Pour la détection précoce :
« On sait qu'un délinquant a eu, enfant, des troubles du comportement »

Comme ce fut déjà le cas en 2006, lorsque Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, avait proposé cette mesure, la sortie de Lefebvre a entraîné un tollé chez bon nombre de spécialistes de la petite enfance. Une pétition avait alors recueilli plus de 46 000 signatures. Pour mémoire Jean-Alain Benisti est le député UMP auteur du rapport sur la prévention de la délinquance sur lequel s'était appuyé Nicolas Sarkozy en 2006.
Il explique pourquoi, dans son rapport, il préconisait le dépistage de troubles du comportement au plus jeune âge, c'est à dire dès 3 ans : « On ne se lève pas un jour à 14 ans, en se disant : "Tiens je sais pas quoi faire aujourd'hui, je vais devenir délinquant." Si un enfant a des problèmes de comportement, c'est qu'il est en souffrance. Et cette souffrance va se transformer évidemment en un comportement extrêmement agressif à l'égard des autres. Ce n'est pas parce qu'un enfant a des troubles du comportement qu'il sera délinquant. Par contre, on sait pertinemment qu'un jeune délinquant est un jeune qui a eu des troubles du comportement avec des sources diverses. Mieux vaut les traiter avant plutôt qu'après. »

Contre la détection précoce :
« Un enfant agressif à 3 ans ne devient pas forcément délinquant »

Evidence et pertinence selon le député UMP. Mais un raisonnement qui ne tient toujours pas auprès des spécialistes de l'enfance. Dominique Versini est la défenseure des enfants depuis juin 2006. Son rôle : défendre et promouvoir les droits de l'enfant tels qu'ils ont été définis par la loi ou par un engagement international comme la Convention internationale des droits de l'enfant (CIDE) ratifiée par la France en 1990. Elle est farouchement opposée à la proposition du député Benisti, reprise par Frédéric Lefebvre : « Si des petits garçons ou des petites filles se tapent dessus dans une cour de récréation... les adultes doivent leur expliquer ce qu'on fait et ce qu'on ne fait pas. Mais il ne faut pas y voir malice, ni avoir d'inquiétude, ce n'est pas très sérieux. »
D'un même élan, le professeur Claude Bursztejn, chef du service psychothérapique pour enfants et adolescents des hôpitaux universitaires de Strasbourg, souligne les dangers d'une telle systématisation, à ses yeux totalement aléatoire : « C'est confondre prévention et prédiction. On ne peut pas prédire ce que sera l'adulte en voyant un enfant de trois ans. Il ne s'agit pas de nier qu'il y a des enfants qui ont des troubles du comportement et que cela doit attirer l'attention... mais il ne faut pas être dans cette dérive de signalement, de fichage. »

Contre la détection précoce :
« Associer troubles et délinquance, c'est programmer l'enfant »

Le professeur Martine Myquel, chef du service pédopsychiatrie au centre médico psychologique Lenval, à Nice, est membre de la Société française de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent. Elle va même plus loin, pointant du doigt un risque profond de prédétermination et de conditionnement de l'entourage : « Penser, quand on voit un enfant qui tape les autres, qu'il va être délinquant, c'est quasiment le programmer. Si tout le monde a dans la tête, les parents, l'école, une prévision qu'il va devenir délinquant, on va l'amener éventuellement à l'être. Au lieu de développer ce qu'il y a de positif chez lui. »

La rédaction avec Nicolas Marsan