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Compiègne, Tapie, Bettencourt... Eric Woerth et les affaires

Eric Woerth sur les bancs de l'Assemblée nationale, le 8 octobre. L'ancien ministre du Budget est aussi député UMP de l'Oise.

Eric Woerth sur les bancs de l'Assemblée nationale, le 8 octobre. L'ancien ministre du Budget est aussi député UMP de l'Oise. - -

Pour Eric Woerth, c'est la loi des séries judiciaires. L'occasion pour BFMTV.com de faire le point sur les différents dossiers dans lequel apparaît le nom de l'ancien ministre.

"Un sujet après l'autre, non?" Vendredi, en arrivant à la Cour de justice de la République, Eric Woerth a poliment refusé de commenter le nouveau dossier qui l'accable. Alors qu'il a comparu jeudi et vendredi pour la vente de l'hippodrome de Compiègne, son nom a en effet surgi dans un autre dossier, celui de l'affaire Tapie/Adidas. L'ancien ministre du Budget est également mis en examen dans deux volets de l'affaire Bettencourt.

> Témoin assisté dans la vente de l'hippodrome de Compiègne

L'affaire a été révélée par Le Canard enchaîné en juillet 2010. Alors ministre du Budget, Eric Woerth aurait "bradé" une parcelle de l'hippodrome de Compiègne, dans l'Oise. Une enquête pour "prise illégale d'intérêt" a été ouverte par la Cour de justice de la République. C'est devant ce tribunal d'exception qui juge les ministres qu'Eric Woerth a été entendu depuis jeudi en qualité de "témoin assisté". Au terme de deux jours d'audition, il a échappé à une mise en examen.

Le 16 mars 2010, le ministre du Budget cède, par arrêté ministériel, 57 ha de forêt comportant un golf et un hippodrome à la Société des courses de Compiègne.

Or plusieurs points viennent mettrent en doute la légalité de cette vente. Le prix - 2,5 millions d'euros -, largement inférieur à celui du marché. L'absence de mise en concurrence. L'opposition du ministère de l'Agriculture. Le fait de céder sans vote préalable d'une loi au Parlement une partie du domaine forestier de l'Etat. Et le fait que le ministre du Budget est également élu UMP de l'Oise...

Pour Eric Woerth, ces accusations reposent sur un conflit entre Bercy, qu'il pilotait alors, et le ministère de l'agriculture et l'Office national des forêts opposés à la vente. Il a même intenté un procès en diffamation contre le Canard enchaîné. A l'audience, qui s'est tenue en janvier, il a répété qu'il "n'avait aucun intérêt particulier à ce que cette opération soit réalisée, sinon faire rentrer deux millions et demi d'euros dans les caisses de l'Etat". L'ancien ministre a perdu son procès.

> Mis en examen dans deux volets de l'affaire Bettencourt

La tentaculaire affaire Bettencourt est celle qui a fait perdre à Eric Woerth son porte-feuille ministériel, à la suite d'un remaniement en novembre 2010. Il faut dire que l'homme est mis en cause - et en examen - dans deux volets de l'affaire.

Le dossier porte le nom de l'héritière de L'Oréal, la milliardaire Liliane Bettencourt. Son volet le plus important porte sur des soupçons d'abus de faiblesse envers l'octogénaire. Dans celui-ci, Eric Woerth est soupçonné d'avoir perçu de Patrice de Maistre, l'ancien homme de confiance de Liliane Bettencourt, 50.000 euros en liquide remis par l'ancienne comptable de l'héritière. Ceci dans le but de financer la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Or les dons sont limités à 7.500 euros et le liquide interdit. L'ancien ministre est mis en examen pour "recel". Il a été renvoyé devant le tribunal correctionnel le 7 octobre dernier, alors que l'ancien président Nicolas Sarkozy a, lui, bénéficié d'un non-lieu.

Eric Woerth est également mis en examen pour "trafic d'influence passif". Cette accusation vise un échange de bons procédés entre Eric Woerth et Patrice de Maistre. A l'été 2007, ce dernier avait fait embaucher l'épouse d'Eric Woerth au sein de Clymène, la société qu'il dirigeait et qui gère la fortune de Liliane Bettencourt. A la même période, Eric Woerth serait intervenu pour faire obtenir la Légion d'Honneur à ce dernier. Dans ce volet du dossier, Eric Woerth et Patrice de Maistre ont été renvoyés en juillet devant le tribunal correctionnel.

> Mis en cause par "Libé" dans le dossier Tapie/Adidas

C'est la dernière accusation en date. Dans l'affaire de l'arbitrage controversé sur la vente d'Adidas, où apparaît déjà le nom de l'ancienne ministre de l'Economie Christine Lagarde, le quotidien Libération a à son tour mis en cause Eric Woerth. Le quotidien accuse l'ex ministre du Budget d'avoir fait dans ce contexte un beau cadeau fiscal à Bernard Tapie.

Dans ce dossier, la justice soupçonne l'Etat d'avoir favorisé Bernard Tapie dans le contentieux opposant l'homme d'affaires et le Crédit lyonnais sur la vente de la société Adidas. Selon Liberation, Eric Woerth aurait en outre permis à Bernard Tapie de bénéficier d'un abattement fiscal sur les impôts à payer sur l'argent de cet arbitrage. Abattement dont le montant se situerait entre 54 et 83 millions d'euros.

Pour étayer son argument, le quotidien s'est appuyé sur le dossier fiscal de Bernard Tapie,auquel il a eu accès. Le fisc aurait prévu deux scénarios: l'homme d'affaire aurait pu payer 94 millions d'euros d'impôts, ou 65. Après l'intervention présumée d'Eric Woerth, il n'en aurait payé que 11,2 millions. "Faux", a aussitôt réagi Bernard Tapie. Eric Woerth, lui, a refusé de commenter par la formule qu'on sait - "un sujet après l'autre, non?"

dossier :

Affaire Tapie

Mathilde Tournier