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Clichy-sous-Bois: ouverture du procès des deux policiers

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- - Olivier Laban-Mattei - AFP

La mort de Zyed et Bouna, âgés de 17 et 15 ans, sur un site EDF avait été l'élément déclencheur de violentes émeutes dans les banlieues françaises en 2005. A l'ouverture de ce procès, toutes les parties appellent au calme.

Le 27 octobre 2005, Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, connaît ses premières violences urbaines. Des émeutes qui vont se propager à tout le territoire, et s'intensifier pendant trois semaines, nécessitant l'instauration de l'état d'urgence. A l'origine de ce mouvement de ces violences, la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré.

Dès lundi, s'ouvre au tribunal de Rennes le procès des deux policiers qui sont poursuivis pour "non-assistance à personne en danger". Ce 27 octobre, les deux jeunes âgés de 17 et 15 ans s'étaient réfugiés dans un transformateur EDF pour échapper à une intervention de police sur un chantier voisin. Les deux adolescents y avait trouvé la mort, électrocuté par un arc électrique.

Le procès était attendu depuis dix ans par les familles de Zyed Benna et Bouna Traoré pour tenter de comprendre ce qui a bien pu se passer ce soir-là. "C'est comme quelque chose qui nous est tombé dessus, confie à BFMTV le père de Zyed, venu de Tunisie. On attend la justice maintenant."

"Un délit moral d'indifférence"

Pour les proches de Zyed et Bouna, ce procès a toujours été une évidence. "On a besoin de ce procès, dix ans c'est très long. Déjà pour faire notre deuil et sauver l'honneur de mon frère, parce qu'il est passé du statut de victime, à statut de délinquant", déplore Adel Benna, frère de Zyed. 

Pour autant, cette soif de justice ne se fait ni dans la revanche, ni dans la colère. "On n'est pas tous contre la police. On a besoin d'une police utile et exemplaire, qui est là pour le secours de toute personne et avant tout ce sont des gardiens de la paix", insiste le frère de Bouna. Pour l'avocat des familles, ce drame ne se serait pas produit s'il n'existait pas dans la ville "un apartheid social aussi grave, aussi purulent". "Le délit de non-assistance à personne en danger est un délit moral d'indifférence", note Me Jean-Pierre Mignard.

Une peine de cinq ans de prison

Du côté des policiers, le drame de Clichy-sous-Bois était imprévisible. "Lorsque j'entends la phrase suivante 's'ils entrent dans le site', j'ai tendance à penser qu'il s'agit d'une hypothèse alors comment peut-on lui reprocher de ne pas avoir appelé des secours pour venir auprès de personne dont ils ignoraient qu'elles étaient dans le site, et qu'elles étaient en danger", assure Me Daniel Merchat, avocat de l'un des policiers impliqué dans la mort de Zyed et Bouna.

Admettant l'atrocité de ce drame, la police refuse d'être considérée coupable dans cette affaire. "Il y a des hypothèses qui ont été émises mais au bout du compte personne n'a vu les jeunes franchir. Je pense qu'on est tous à même de dire qu'on est désolés de ce qui s'est passé mais pas de s'excuser pour ce qui s'est passé", souligne un syndicaliste. Pour non-assistance à personne en danger, Sébastien Gaillemin, 41 ans, qui était sur place, et Stéphanie Klein, 38 ans, qui était au standard du commissariat, encourent jusqu'à 5 ans de prison. 

J.C. avec Pauline Ravenaz