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Ce que l'on sait sur l'évacuation polémique des militants d'Extinction Rébellion à Paris

Les CRS ont fait usage de gaz lacrymogène pour faire évacuer des militants du Pont de Sully à Paris.

Les CRS ont fait usage de gaz lacrymogène pour faire évacuer des militants du Pont de Sully à Paris. - BFMTV

Quelques centaines de manifestants ont bloqué pendant plusieurs heures le pont de Sully à Paris à l'appel du mouvement Extinction Rébellion. Ils ont été dispersés à coups de gazeuses lacrymogènes. Une enquête judiciaire a été confiée à l'IGPN par le parquet de Paris.

Les images de l'évacuation ont fait beaucoup de bruit depuis vendredi. A l'appel du mouvement Extinction Rébellion, qui prône la désobéissance civile pour alerter sur l'urgence climatique et la "destruction du monde vivant", plusieurs centaines de militants écologistes s'étaient donnés rendez-vous sur le pont de Sully.

Cependant, cette manifestation n'avait pas été déclarée dans cette forme par le collectif écologique Extinction Rébellion, et les manifestants n'ont pas respecté le parcours défini. "Ils ont pris tout le monde de court, c'est le but recherché par cette association", note Grégory Joron, secrétaire national CRS du syndicat Unité SGP.

  • Sit-in sur le pont de Sully

Sous une chaleur caniculaire, ils ont bloqué pendant un long moment la circulation grâce à des plots routiers puis un sit-in, en se liant les pieds ou les mains, afin de rendre l'intervention des policiers plus compliquée. Pendant plus d'une heure, ils ont tenu bon face aux forces de l'ordre.

"Les forces de l'ordre sont arrivées vers 13h00 et après 10 ou 15 minutes plutôt calmes, les CRS ont commencé à évacuer les bloqueurs assis en première ligne", a raconté samedi soir l'une des militantes, qui a voulu être désignée sous le prénom de Flora.

"Comme ensuite ces bloqueurs revenaient, ils ont opté pour leur stratégie du gazage à 20 cm du visage", a-t-elle ajouté.
  • Une vidéo polémique

Ce sont ces images de gazages à bout portant qui ont provoqué un vif émoi. Sur les images publiées, on entend plusieurs manifestants scander: "Non violent, non violent" ou encore "policiers, doucement, on fait ça pour nos enfants".

La vidéo du journaliste indépendant Clément Lanot a enregistré près d'un million et demi de vues sur Twitter tandis que l'actrice Marion Cotillard a demandé des explications au gouvernement en partageant cette scène. De son côté, le réalisateur Cyril Dion, auteur du documentaire Demain, a indiqué qu'il refusait sa promotion dans l'ordre du Mérite en raison de cette intervention des forces de l'ordre.

Ce lundi, le député européen Yannick Jadot et le Premier secrétaire du PS Olivier Faure ont crié au "scandale". 

"C'est indigne d'avoir des jeunes qui se battent pour notre climat, qui se battent pour notre avenir... et la seule réaction du gouvernement ce n'est pas d'agir, c'est de leur balancer des gaz lacrymogènes. Ça, c'est scandaleux", a dénoncé Yannick Jadot sur BFMTV.
  • Emploi de gaz lacrymogène

L'emploi de gaz lacrymogène était-il justifié? "Oui", à en croire Linda Kebbab, déléguée nationale de l'unité SGP Police FO, qui a réagi ce lundi matin sur notre antenne.

"On n'était pas dans une action non-violente comme on l'entend dire, on était sur une action très violente", a déclaré la représentante sur notre antenne. "On a un collègue qui a perdu connaissance, d'autres qui ont été griffés, donc ce n'était pas une action non-violente", assure-t-elle.

Outre le blocage de la circulation, elle parle "de débuts de bagarre avec des personnes qui ne pouvaient pas circuler". Selon Linda Kebab, tout n'est pas montré sur les images diffusées, "ce ne sont pas dix secondes de vidéo qui permettent d'établir des faits".

  • Réponse d'Extinction Rébellion

Contacté, le mouvement Extinction Rébellion a publié un communiqué dans l'après-midi. "Le consensus d'action défini en amont a été respecté tout au long de l'occupation: aucune atteinte à l'intégrité physique et morale des individus, pas de séquestration, pas de dégradation matérielle", assure le mouvement.

Dans une autre interview diffusée sur notre antenne, une représentante d'Extinction rébellion - à l'origine du sit-in – déclarait que l'association envisageait des poursuites, notamment parce qu'elle "avait pris soin de prévenir la préfecture la veille", de leur action.

  • Une "procédure classique"

Denis Jacob, secrétaire général d'Alternative, ne fait pas non plus état de violences lors de l'action des militants d'Extinction Rébellion.

"Ils sont pacifiques, assis, sauf qu’on arrive plus à les déloger, on arrive à les soulever et ils vont se rasseoir quelques mètres plus loin et ils recommencent à bloquer la chaussée", insiste le syndicaliste, qui estime néanmoins que l'utilisation de gaz lacrymogène s'inscrit dans "une procédure classique".

Sur les images de l'évacuation, on constate que les CRS ont bien procédé à deux sommations avant d'utiliser du gaz lacrymogène sur les manifestants assis à même le sol, enchaînés entre eux, qui n'avaient pas l'autorisation d'être là et à qui on avait retiré leurs moyens de protection.

Cependant, l'utilisation faite du gaz semble loin des standards préconisés dans une note d'instruction de la Direction générale de la police nationale en 2004, comme le rappelle LCI. La DGPN préconisait alors "une utilisation prioritairement défensive, la préférence pour des jets brefs d'environ une seconde et la limitation du nombre de jets".

"L'image n'aurait pas été plus supportable de voir des manifestants traînés au sol", soulève Grégory Joron qui rappelle les conséquences parfois douloureuse d'une clé de bras ou d'un moyen de compression pour déloger des manifestants.

  • Une rapport demandé au préfet

A la suite de cette polémique, Christophe Castaner a demandé un rapport au préfet de police de Paris sur "les modalités" de l'évacuation, a indiqué dimanche le ministère de l'Intérieur.

"A la demande du ministre, une inspection technique CRS a été déclenchée et un rapport a été demandé au préfet de police sur les modalités de gestion de cette opération de maintien de l'ordre rendue nécessaire pour rétablir la circulation au coeur de Paris", a déclaré la place Beauvau.

"Au début les CRS appellent les manifestants à débloquer le passage sur un pont. On n'avait déjà pas besoin de rajouter des problèmes de circulation. (...) Ce sont des manifestants très radicaux. Quand vous leur demandez pacifiquement de dégager la voie, ce qu'ont fait les forces de l'ordre avec des hauts-parleurs et qu'évidemment ils refusent (...) on est obligé de mobiliser des CRS pour prendre les personnes une par une et essayer de les enlever. Ça se finit avec l’utilisation de gaz qui ont pour but que les gens s’en aillent", a par ailleurs commenté François de Rugy, le ministre de la Transition écologique et Solidaire dimanche sur notre antenne.

Ce lundi en fin de journée, une enquête préliminaire a été confiée à l'IGPN par le parquet de Paris pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique".

Benjamin Rieth