BFMTV

Ce que contient le plan du gouvernement contre les violences faites aux enfants

Le Secrétaire d'Etat chargé de la protection de l'enfance Adrien Taquet à l'Elysée, le 19 septembre dernier.

Le Secrétaire d'Etat chargé de la protection de l'enfance Adrien Taquet à l'Elysée, le 19 septembre dernier. - Ludovic MARIN / AFP

Numéro d'urgence, pédopornographie, unités spécialisées... Le Secrétaire d'Etat chargée de la protection de l'enfance Adrien Taquet dévoile ce mercredi un plan de 22 mesures pour lutter contre les violences sur mineurs. Objectif: "libérer la parole".

La date n’a pas été choisie au hasard. À l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant, le gouvernement lance ce mercredi un plan de lutte contre les violences faites aux enfants, piloté par le secrétaire d’Etat Adrien Taquet.

Les 22 mesures, dont BFMTV.com a pu prendre connaissance visent notamment à améliorer la prise en charge de mineurs victimes de violences intrafamiliales. Mais le plan s’attaque aussi à des sujets encore tabous, comme l’accompagnement des individus attirés par des enfants, sans être toutefois passés à l’acte.

  • Un renforcement du numéro d’urgence 119

Il est temps de "libérer la parole", affirme le secrétaire d’Etat. Pour y parvenir, le gouvernement va renforcer la sensibilisation sur la “santé sexuelle” des plus jeunes, en s’adressant directement aux parents par des messages de prévention dans les carnets de grossesse et de santé. La plateforme téléphonique "119 - Allô enfance en danger", qui a enregistré en 2018 476.039 appels, va recevoir 200.000 euros de budget supplémentaire pour approfondir son travail d’écoute auprès des victimes. 

  • Plus de moyens pour l'accompagnement des victimes

Le 119 sera appuyé par la généralisation sur l’ensemble du territoire d’ici 2022 des unités d’accueil médico-judiciaire pédiatriques (UAMJP), qui proposent aux mineurs un accompagnement judiciaire et médical. Il en existe déjà 60 aujourd'hui. Enfin, des formations pluridisciplinaires vont être proposées aux professionnels, afin de mieux détecter les violences intrafamiliales. 

En moyenne, 500 plaintes pour des agressions sexuelles sur mineurs ont été enregistrées en 2018. Afin d’améliorer leur accompagnement, deux millions d’euros seront investis pour la création de cinq nouvelles unités spécialisées dans la prise en charge du psycho-traumatisme dès l’année prochaine. Ces unités, au nombre de 10 actuellement, proposent à la fois des "soins somatiques et psychiques" aux victimes ainsi qu'un centre de ressources et de formation à destination des soignants.

  • Un plus grand contrôle de l'accès à la pornographie

"L’accès à la pornographie des mineurs sur internet est aujourd’hui un véritable problème de santé publique", s’inquiète Adrien Taquet. La loi sur la fabrication et la diffusion d’un contenu pornographique va donc être durcie d’une mention selon laquelle "le fait de déclarer son âge en ligne ne constitue pas une protection suffisante contre l’accès à la pornographie pour les mineurs de 15 ans".

Des sanctions financières pourront désormais être infligées par le CSA aux plateformes ne respectant pas "les obligations de protection" prévue par le Code pénal. Emmanuel Macron a en parallèle donné six mois aux aux "opérateurs" pour mettre en place "le contrôle parental par défaut" pour l'éviter l'accès des mineurs à de tels contenus.

  • Un renforcement du fichier des délinquants sexuels

Toujours sur le volet judiciaire, le gouvernement promet de lutter contre la récidive des personnes condamnées pour des infractions sexuelles. Il va donc systématiser l’inscription des individus condamnés pour consultation ou détention de contenus pédopornographiques au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infraction sexuelles ou violentes (Fijaisv), en aggravant la peine encourue de 2 à 5 ans d’emprisonnement. 

  • Un numéro d’écoute pour éviter le passage à l’acte

Le plan se penche enfin sur un “angle mort” des politiques publiques de lutte contre les violences sexuelles sur mineurs: anticiper le passage à l’acte. D’ici la fin du mois, une plateforme téléphonique sera lancée à destination des personnes attirées sexuellement par des enfants.

Elle sera gérée par six Centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) pilotes. Les appelants pourront ensuite être dirigés vers des structures médicales afin de développer un suivi. Et ainsi peut-être, empêcher l’irréparable. 

Esther Paolini