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Cagnotte pour Christophe Dettinger: "J'ai cru à une plaisanterie", réagit un donateur convoqué

Plus de 8.800 personnes ont participé à la cagnotte en soutien à Christophe Dettinger.

Plus de 8.800 personnes ont participé à la cagnotte en soutien à Christophe Dettinger. - Capture d'écran

Plusieurs dizaines de donateurs à la cagnotte Leetchi en soutien à Christophe Dettinger ont été convoqués par les services de police pour expliquer leurs motivations. Une convocation massive dans le cadre d'une plainte pour abus de confiance déposée le 17 avril.

"Bonjour Madame, Monsieur, dans le cadre d'une enquête préliminaire, diligentée à la demande du Parquet de Paris, pour des faits d'abus de confiance (...) il me faut vous auditionner comme témoin." L'objet du mail, la convocation mais aussi la méthode par mail groupé avec adresse des destinataires apparentes aux yeux de tous a surpris Dominique. Cet habitant de Seine-et-Marne fait partie des dizaines de donateurs à la cagnotte Leetchi en soutien à Christophe Dettinger qui ont reçu en début de semaine ce mail émanant des services de la préfecture de police de Paris.

"J'ai pensé à une plaisanterie", réagit Dominique. Habitant à une centaine de kilomètres de Paris, il a appelé les policiers pour indiquer qu'il ne pourrait se rendre à cette convocation. Au bout du fil, le policier lui a proposé de lui envoyer les questions par mail: pour quelles raisons avez-vous souscrit un don à la cagnotte Leetchi "en soutien à Christophe Dettinger"? A quelle date avez-vous souscrit et quel était le motif de la cagnotte indiqué sur le site? Lui a donné 10 euros après avoir vu la vidéo postée par Christophe Dettinger sur les réseaux sociaux, dans laquelle il explique son geste.

"J'ai trouvé que son message était traversé d'une grande sincérité, poursuit-il. C'est juste un gars vachement bien qui a fait une connerie. J'ai compris sans approuver. J'ai donné un peu d'argent par solidarité, je suis très content de mon geste. A l'inverse de Christophe Dettinger, si c'était à refaire, je le referais."

Réquisition du procureur

La démarche de la police peut suspendre, mais elle s'inscrit dans une procédure plus large lancée le 17 avril dernier. 55 donateurs ont déposé plainte contre X pour abus de confiance auprès du parquet de Paris. Ils estiment dans leur plainte, que BFMTV a pu consulter, que Leetchi a "manifestement détourné les fonds remis par les participants". Une enquête a alors été ouverte le 9 mai dernier. Ces derniers s'interrogeaient sur le devenir de leur don à cette cagnotte, à laquelle 8.800 personnes ont participé, et qui a atteint 130.000 euros en deux jours en janvier dernier, selon Leetchi, 145.000 selon les Dettinger. De l'argent bloqué et depuis au coeur d'une bataille judiciaire

"Ces gens se disent c’est notre argent, ce n'est pas l’argent de Leetchi, on ne sait pas ce que Leetchi fait de cet argent, et donc ça correspond très précisément à la définition d’abus de confiance", estime Me Laurence Léger, l'avocate de l'ex-boxeur qui a accepté de porter leur plainte.

Un peu plus d'un mois après l'ouverture de cette enquête, des dizaines de donateurs viennent de recevoir une convocation par mail envoyée par des policiers de la Brigade de répression de la délinquance astucieuse (BRDA). Une convocation pour le mercredi 12 ou le jeudi 13 juin au siège de la police judiciaire sur réquisition du procureur de Paris. Les adresses mail des donateurs, anonymes sur la plateforme, ont été fournies par Leetchi. "Leetchi n’avait pas d'autre choix que d'obtempérer à l'injonction qui lui était faite", a commenté auprès de BFMTV la direction.

"Moyen de pression"

Anonymat rompu, certains destinataires du mail ont eux fait part de leur crainte d'être exposés à des poursuites. "On demande à des gens de se présenter devant les services de police, de donner leur carte d’identité, de répondre à leur motivation personnelle et de se justifier de pourquoi elles ont fait un don de 5, 10, 15 euros, s'insurge Me Laurence Léger. C’est-à-dire qu’on demande à des gens de répondre devant des policiers de quels sont leur opinion politique, philosophique. On est presque à la limite de la police politique et de conscience."

"Dans le meilleur des cas c’est une perte de temps, dans le pire des cas c’est un moyen de pression", poursuit-elle, estimant que ces convocations répondent à l'appel de Marlène Schiappa. En janvier dernier, la secrétaire d'Etat en charge de la Lutte contre les discriminations avait estimé que participer à cette cagnotte était "une forme de complicité".

Côté policier, on dénonce une fausse polémique, en mettant en avant un simple fait de procédure après le dépôt d'une plainte. "Une cinquantaine de personnes a porté plainte pour abus de confiance en parlant finalement au nom de tous les donateurs, estime Linda Kebbab, du syndicat Unité SGP Police. Le procureur a pris au sérieux leur plainte, mais pour étayer l'infraction d'abus de confiance, les policiers doivent entendre une partie non négligeable des donateurs." 

Justine Chevalier