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"C'était une nuit de cauchemar", se souvient une victime du prêtre tué et accusé de pédophilie dans l'Oise 

Jean-Paul assure avoir été agressé sexuellement il y a presque 60 ans par l'abbé Matassoli, qui a été tué le mois dernier par un jeune homme tout juste majeur souffrant de "problèmes psychologiques".

Une "délivrance". Jean-Paul dit avoir été agressé dans les années 1960 par le père Roger Matassoli lors d'un camp scout dans l'Oise. Il reconnaît auprès de BFMTV avoir accueilli la mort de son agresseur présumé, il y a un mois, avec une certaine "délivrance".

Nuit de "cauchemar"

Quand Jean-Paul était louveteau, il a participé en 1962, à l'âge de 10 ans à un camp sous tentes à Clermont-de-l'Oise, avec l'abbé Matassoli. Ce dernier l'aurait forcé à dormir dans sa tente puis agressé sexuellement:

"D'un point de vue sexuel, je n'y connaissais rien, je ne comprenais rien, bien après je ne comprenais encore pas", nous explique-t-il, la voix tremblante.

Si la date exacte est floue, Jean-Paul se souvient parfaitement du lendemain de cette nuit de "cauchemar", avec "des corbeaux qui croassent, le ciel tout gris", "c'était l'enfer", ajoute-t-il. En 2015, il décide de sortir du silence et écrit une lettre au prêtre, encouragé par Monseigneur Jacques Benoît-Gonnin l'évêque de Beauvais, Noyon et Senlis:

"Je ne sais pas comment vous avez réussi à me faire passer une nuit, seul avec vous, dans votre tente! Pourquoi les cheftaines ne sont pas intervenues pour vous empêcher d'agir ainsi? Pourquoi je n'étais pas dans la tente de mes copains louveteaux? Tout cela est un immense mystère pour moi 50 ans après! Par contre cette nuit-là va être un cauchemar dans ma tête, toute ma vie", s'indigne-t-il dans son courrier.

"Pardonne-moi Jean-Paul"

Le prêtre lui avait répondu par un courrier dans lequel il tentait de s'excuser:

"Pardonne-moi Jean-Paul, prie pour moi quand même. Je voulais partir en paix, la paix que je te souhaite pour le temps à venir."

Jean-Paul explique avoir été informé par l'évêque du décès du père Matassoli et avoir accueilli cette nouvelle comme une "délivrance".

"On a passé une heure au téléphone, il ne m'a pas dicté ma conduite, ne m'a pas dit 'Il faut en parler ou pas en parler', il m'a laissé complètement libre", ajoute-t-il.

Depuis 2009, l'abbé Roger Matassoli avait été éloigné de l'exercice public du ministère, à la suite d'un premier témoignage l'accusant. "Après le dépôt d'une plainte au civil, émanant d'une nouvelle victime, une procédure canonique avait été engagée, qui a permis d'entendre les victimes connues. Le père Matassoli a été alors interdit de tout ministère, même privé", avait expliqué Monseigneur Jacques Benoît-Gonnin.

Le 4 novembre dernier, le corps sans vie du religieux de 91 avait été retrouvé à son domicile. Un suspect de 19 ans avait été interpellé et hospitalisé "sous contrainte". Le père de ce dernier était un ami de l'abbé Matassoli.

Charlotte Onfroy-Barrier et Maxime Devaux, avec Esther Paolini