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Bugaled Breizh: les avocats se battent avant la fin de l'enquête

Un avocat tient le dossier Bugaled Breizh, lors d'une audience de justice en 2010.

Un avocat tient le dossier Bugaled Breizh, lors d'une audience de justice en 2010. - -

Les avocats de plusieurs proches de marins, tués dans la catastrophe du "Bugaled Breizh" en 2004, restent convaincus de la culpabilité d'un sous-marin et exigent de nouveaux actes dans l'enquête.

Les parties civiles dans l'affaire du naufrage inexpliqué du chalutier breton Bugaled Breizh vont déposer d'ici jeudi de nouvelles demandes d'actes complémentaires, dont une commission rogatoire visant les États-Unis et une demande d'audition du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.

L'instruction du dossier a été clôturée le 3 juillet dernier à Nantes, neuf ans après le drame du 15 janvier 2004 qui a coûté la vie à 5 marins. Une fois ces demandes déposées, les juges en charge du dossier auront un mois pour répondre et s'ils n'y donnent pas suite, ce sera le non-lieu redouté par les parties civiles.

Me Dominique Tricaud, avocat de Thierry Le Métayer, fils de Georges Le Métayer, mécanicien du Bugaled, qui continue à défendre la thèse de la responsabilité d'un sous-marin britannique qui aurait percuté le chalutier, demande une série de nouvelles auditions parmi lesquelles celle du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, ou encore de l'équipage du Turbulent, le sous-marin soupçonné.

Un expert judiciaire partial?

La thèse du sous-marin a néanmoins été écartée une première fois par les juges nantais en février 2013, les traces "infimes" de titane relevées sur les funes, les câbles reliant le bateau à son chalut, n'étant "pas significatives de l'implication d'un sous-marin", selon une expertise.

Mais dans un document publié par Le Télégramme mardi soir, l'avocat remet en cause le choix de Dominique Salles en tant qu'expert judiciaire, qu'il juge partial, rappelant notamment que l'homme "a exercé de hautes responsabilités au sein de l’état-major de la Marine entre 1993 et 1997", puis "des fonctions de commandement au sein de nombreux sous-marins."

"De par sa carrière militaire, Dominique Salles est donc intimement lié à l'Otan et aux autorités des marines européennes, au premier rang desquelles la Marine française et la Royal Navy. Or, les missions qui lui ont été confiées consistent précisément dans la mise à jour des responsabilités des différents sous-marins dans le naufrage du Bugaled Breizh", écrit le conseil.

Les États-Unis sommés de répondre

Un autre avocat des familles des cinq marins décédés, Me Christian Bergot, soupçonne, lui, la responsabilité d'un sous-marin américain et va demander aux juges d'émettre une commission rogatoire adressée aux autorités américaines. Il s'agit de leur demander "si l'un ou l'autre de leurs sous-marins étaient sur zone" au moment du drame, explique-t-il.

Il s'agit, selon Me Bergot, de demander aux juges d'instruction, qui ont déjà interrogé la Marine américaine, d'interroger cette fois l'État américain, dont dépendait selon lui le submersible possiblement en cause au moments des faits.

En dépit de l'enquête du BEA Mer, qui a conclu en 2006 à un accident de mer, la responsabilité d'un sous-marin reste la thèse privilégiée par marins et avocats. Pour eux, le submersible aurait accroché les funes du Bugaled, l'entraînant brutalement par le fond.

Alexandra Gonzalez avec AFP