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Braconnage à Thoiry: les zoos, une cible plus facile que les réserves naturelles

Pour la première fois en Europe, des braconniers s'en sont pris à un animal vivant dans un zoo, en abattant pour sa corne, un rhinocéros du parc de Thoiry. Alors que le braconnage peut rapporter gros, les zoos mais aussi les musées ne sont pas à l'abri de ces actes.

Le rhinocéros de 5 ans a été retrouvé mardi matin dans son enclos du zoo de Thoiry. L'animal a été tué dans la nuit de trois balles dans la tête par des braconniers qui ont volé sa corne principale, sciée à la tronçonneuse. Un acte qui a profondément choqué le personnel du zoo de Thoiry et qui constitue une première en Europe.

Mais si ce fait est inédit, il n'était pourtant pas imprévisible selon l'association de protection de l'environnement Robin des Bois, compte tenu de la convoitise suscitée par les cornes de ces animaux. 

"Le problème c'est qu'il y a une pression sur les rhinocéros, il n'y en a plus que 25.000, ça vaut plus cher que l'or, la corne", explique sur BFM Paris Charlotte Nihart, directrice de l'association. 

Jusqu'à 100.000 dollars le kilo

La corne de rhinocéros véhicule d'anciennes croyances, notamment en Asie, où des propriétés anticancéreuses et aphrodisiaques lui sont attribuées. Des légendes qui ne reposent sur aucune étude scientifique, les cornes de rhinocéros sont d'ailleurs composées de kératine, comme les ongles ou les cheveux.

"La valeur peut atteindre au détail jusqu'à 100.000 dollars le kilo quand c'est vendu en poudre au gramme. Ce sont des prix considérables qui entraînent une escalade de la violence et une sophistication des moyens d'abattre ces rhinocéros", poursuit Charlotte Nihart. 

Depuis quelques années, la lutte contre le braconnage est devenue un enjeu pour certains pays comme l'Afrique du Sud qui concentre à elle seule 83% les trois quarts de la population mondiale de rhinocéros, selon WWF. Dans le Parc national Kruger, les rangers sont de plus en plus armés, rendant le braconnage plus compliqué et risqué pour les braconniers eux-mêmes. "C'est plus facile d'attaquer un zoo pour aller voler une corne de rhinocéros que d'aller dans certaines réserves, où les moyens de contrôle sont très efficaces", déplore la directrice de Robin des Bois.

La sécurité du zoo en question?

A Thoiry, les malfaiteurs ont dû fracturer trois grilles avant de parvenir à l'enclos de l'animal. Un acte qui a dû nécessiter des repérages, relativement simples à effectuer dans un parc ouvert au public. A ce titre et compte tenu du contexte sur le braconnage, l'association Robin des Bois s'interroge sur la sécurité dans l'établissement.

"On peut aussi se poser la question du sérieux des moyens de surveillance. On nous disait que c'était une maison spéciale avec vidéosurveillance, rondes. En réalité le lendemain ils se sont rendu compte que le rhinocéros avait été abattu", constate sceptique Charlotte Nihart. 

S'il s'agit de la première attaque sur un animal vivant en Europe, des précédents ont déjà eu lieu en France dans des musées. En 2011, une corne de rhinocéros blanc avait ainsi été volée au musée de la Chasse et de la Nature à Paris par des malfaiteurs qui avaient neutralisé les surveillants avec du gaz paralysant. En avril 2013, le Muséum national d'histoire naturelle de Paris avait aussi été la cible d'un vol de défense d'éléphant, sciée à la tronçonneuse.

Carole Blanchard