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Bonbonnes de gaz à Paris: 3 personnes déférées, le choix de la cible toujours inexpliqué

Le procureur de Paris, François Molins, a fait le point ce vendredi sur l'enquête après la découverte d'un engin explosif artisanal samedi dernier dans un immeuble du XVIe arrondissement de Paris. Il a annoncé que trois des gardes à vue avaient été levées. Les trois suspects principaux doivent quant à eux être déférés devant un juge d'instruction en vue d'une mise en examen.

François Molins, procureur de paris, s'est exprimé lors d'un point-presse ce vendredi, au sujet de la découverte d'un engin explosif artisanal, composé de quatre bonbonnes de gaz reliées entre elles et munies d'un dispositif de mise à feu, samedi dernier au petit matin dans un immeuble de la rue Chanez dans le XVIe arrondissement de Paris. 

Un immeuble ciblé sans que l'on sache pourquoi

Six personnes avaient été interpellées, dans l'Essonne et dans le Val-de-Marne, et placées en garde à vue dans le cadre de cette enquête en flagrance ouverte notamment pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle" et "tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste". Les policiers ont mis la main sur ces individus après qu'une empreinte a été relevée sur l'une des bonbonnes, leur permettant de remonter jusqu'à un suspect principal, fiché S pour son islamisme, et son entourage. 

François Molins, en introduction, a fait cette observation, expliquant que l'immeuble parisien avait fait "l’objet d’une tentative d’attentat dont les conséquences humaines et matérielles auraient pu être dramatiques". Il a continué, notant que cette tentative avait été opérée "sans que l'on sache à ce stade les raisons pour lesquelles cet immeuble a pu être pris pour cible".

L'enquête va encore devoir démêler les intentions des suspects, les raisons du ciblage de cet édifice, ainsi que d'éventuelles complicités, a indiqué le magistrat. 

Un portable a tenté par trois fois d'activer le dispositif

  • Rendant hommage à la vigilance du résident des lieux qui a surpris le dispositif et donné l'alerte, le magistrat a livré un descriptif de la scène: "Peu avant 4h30, cet habitant été réveillé par un sifflement correspondant à l’ouverture d’une bouteille de gaz, et une forte odeur d’hydrocarbures". De l'essence avait été répandue dans le hall.

On y trouvait aussi quatre seaux, un jerricane de 33 litres d'essence et un sac à gravats. L'ensemble était pourvu d'un dispositif de mise à feu, composé par un portable, un amplificateur reliés à des câbles électriques. Ce dispositif "devait favoriser la mise à feu de l’essence et par voie de conséquence l’explosion des quatre bonbonnes", a souligné François Molins. 

Si cet attentat a échoué, l'un de ses préparateurs a bien essayé d'aller au bout de sa démarche. François Molins a révélé qu'"un même numéro avait tenté d’activer à trois reprises, à 4h14, 4h15, 4h16". Cette ligne émettait alors dans "l'immédiate proximité" de la rue Chanez. "La puce utilisée a ensuite été insérée dans un autre appareil localisé" au domicile du suspect principal plus tard. 

Six gardes à vue, trois levées, trois déferrements 

L'empreinte relevée a mené à six interpellations, dans le Val-de-Marne et dans l'Essonne. Trois des gardes à vue ont été levées ce vendredi en début d'après-midi. Les autres suspects ont jusqu'ici "contesté leur implication" et "ont à plusieurs reprises refusé de répondre aux enquêteurs."

  • Ils doivent être présentés à un juge d'instruction "dans les instants à venir", a poursuivi le magistrat, pour une mise en examen notamment pour tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste en bande organisée. Une information judiciaire a été ouverte par le parquet. La détention provisoire a été requise. 

Les perquisitions menées aux domiciles des personnes déférées ont permis de retrouver notamment trois bouteilles de gaz, cinq sacs à gravats neufs, des composants électroniques chez l'un d'entre eux, du matériel informatique et d’un appareil à détecter les micros chez un autre. Dans le logement du suspect principal, on a constaté la présence les deux bouteilles de gaz, deux masques intégraux à visage humain en silicone et un jerricane en plastique d’une contenance de 10 litres. 

Le profil inquiétant du suspect principal

Ce dernier est connu des services de renseignement qui l'ont fiché S en raison "de son prosélytisme pro-Daesh", pour reprendre les mots de François Molins, en juillet 2016. Cette même année, au moins de novembre, des CRS l'avaient rencontré dans de troublantes circonstances. 

En compagnie d'un homme, mis en examen trois ans plus tôt dans le dossier mis au point autour du groupe islamiste Forsane Alizza, il avait alors été vu en pleine prière, sur la bande d'arrêt d'urgence d'une nationale. L'examen de la téléphonie par les enquêteurs a en outre montré qu'il est passé dans le secteur de l’immeuble dans la nuit du 24 au 25 septembre entre 23h30 et 0h30.

Utilisateur de l'application Telegram, plateforme qui a la faveur de nombreux jihadistes pour communiquer, comme un autre gardé à vue, il possédait aussi au moment de son interpellation une carte Total qui avait procédé à cinq achats d'essence, auprès de deux stations-services.

  • Il est salarié non-déclaré d'une pizzeria et réside à Brétigny-sur-Orge, dans l'Essonne. S'il est connu des services de renseignement, il l'est aussi de la police, comme de la justice. EN 2009, il a été condamné à deux reprises à deux mois de prison avec sursis, d'abord pour violences en réunion puis pour vol aggravé et conduite de véhicule sans permis. 
Robin Verner